En mer Égée : l’Otan contre les migrants

17 Février 2016

À la demande de l’Allemagne et de la Turquie, l’Otan va participer à la surveillance des frontières européennes, notamment en mer Égée, officiellement pour lutter contre les passeurs. Concrètement, l’Otan va envoyer de cinq à sept navires qui, en collaboration avec les quinze navires de l’agence européenne Frontex, auront pour rôle de repérer et d’intercepter les embarcations de migrants qui tentent d’atteindre, à leurs risques et périls, les côtes grecques… et de les renvoyer vers la Turquie.

Alors que la politique inhumaine des dirigeants européens a déjà provoqué la noyade de centaines de personnes qui tentaient la traversée, cet obstacle supplémentaire n’empêchera pas des réfugiés fuyant les bombardements et la terreur de risquer leur vie et celle de leur famille pour se mettre à l’abri. Par contre, cela risque bien de multiplier les naufrages, puisqu’ils devront prendre encore plus de risques pour échapper à la surveillance. Sans compter le prix de la traversée qui risque, lui, d’augmenter. En prétendant lutter contre les passeurs, les dirigeants européens contribuent à leur fortune. En fait, leur seule préoccupation est d’empêcher les réfugiés d’atteindre les côtes européennes, et l’intervention de l’Otan est un élément dans la pression sur la Turquie pour qu’elle les parque dans des camps, sur son territoire.

Au-delà des migrants, l’intervention de l’Otan risque d’aggraver les tensions entre la Grèce et la Turquie qui, bien qu’elles en soient toutes deux membres, n’en sont pas moins en rivalité pour le partage des eaux territoriales en mer Égée, potentiellement riches en pétrole.

L’Otan fera-t-elle intervenir la marine turque dans les eaux grecques pour venir y chercher des embarcations qu’elle aura repérées, au risque d’envenimer encore plus la situation ?

La lutte contre les passeurs en mer Égée pourrait cacher bien d’autres préoccupations.

Jacques Le Gall