Sarkozy renforce l'emprise des religieux

24 Avril 2003

Sarkozy s'est montré très satisfait de l'élection du Conseil français du culte musulman. Avec cette nouvelle institution, le ministre de l'Intérieur ne cache pas ses intentions d'avoir un "moyen de lutter contre l'islam des caves et des garages".

L'idée de renforcer le contrôle de l'État sur la religion musulmane en créant une institution prétendument représentative n'est pas nouvelle puisqu'elle fut initiée en 1999 par Jospin et Chevènement. En reprenant et en finalisant ce projet, Sarkozy a d'ailleurs tout fait pour verrouiller les résultats du scrutin, afin qu'ils correspondent à ses attentes. D'abord, en désignant indépendamment du résultat des élections le recteur de la mosquée de Paris Dalil Boubaker, connu pour ses prises de position modérées, comme président de cette nouvelle institution, ensuite en réservant par avance 22 des 63 sièges du Conseil à des personnalités désignées avant les élections, enfin en appelant à voter non pas les quatre ou cinq millions de musulmans vivant dans ce pays, mais 4000 grands électeurs désignés par les mosquées.

Cette structure dont les membres ont été élus pour deux ans sera donc l'interlocuteur des pouvoirs publics pour les problèmes touchant à ce culte comme la construction des mosquées, la formation des imams ou l'envoi d'aumôniers dans les prisons. Avec à la clé, des subventions publiques que se partageront les différentes composantes de ce Conseil, comme le font les autres organismes dits représentatifs des religions reconnues par l'État, qu'elles soient catholique, protestante ou juive.

La création de ce Conseil a été l'occasion pour Sarkozy de se livrer à sa démagogie habituelle, selon laquelle il se préoccupe réellement des problèmes des habitants, notamment des populations immigrées des banlieues. Mais, ce n'est pas en apportant des fonds pour le logement et pour améliorer la vie sociale dans les banlieues qu'il le fait; ce n'est pas non plus en donnant le droit de vote aux immigrés du Maghreb. C'est en offrant des postes à quelques notables, et pas n'importe lesquels, parmi les religieux.

Ce n'est là que traiter la religion musulmane à l'égal des autres religions. Peut-être, mais ce n'est pas reconnaître à la population immigrée des droits égaux au reste de la population, indépendamment de sa religion... ou de son athéisme.

En officialisant les instances religieuses comme seuls représentants habilités de la communauté musulmane, le gouvernement voudrait renforcer l'emprise des imams et autres dirigeants religieux sur l'ensemble des immigrés originaires des pays à dominante musulmane, qu'ils soient ou non pratiquants. La seule façon que trouve un Sarkozy, mais aussi un Chevènement, de s'occuper de la population d'origine immigrée, c'est d'essayer de se trouver, au sein de celle-ci, des relais aussi réactionnaires qu'eux-mêmes.

Roger MEYNIER