Violences policières : des coupables peu punis

24 Janvier 2024

Vendredi 19 janvier, la cour d’assises de Bobigny a rendu son verdict dans l’affaire Théo. Tout en condamnant une violence illégitime au moment de l’interpellation, le 2 février 2017 à Aulnay-sous-Bois, la justice a seulement prononcé des peines de prison avec sursis à l’encontre des trois policiers inculpés.

Le policier qui a mutilé Théodore Luhaka, en enfon­çant dix centimètres de sa matraque télescopique dans le rectum de la victime, encourait théoriquement quinze ans de prison pour violence volontaire ayant entraîné une infirmité permanente. Au terme de débats pour peser et soupeser si la matraque avait été utilisée dans les règles de l’art, comme appris à l’école de police, si la mutilation avait été intentionnelle ou accidentelle, l’avocat général avait requis trois ans de prison avec sursis. « Vous allez peut-être penser que ces peines peuvent être dérisoires », avait-il alors lancé à Théo. Sous prétexte qu’on ne pouvait prouver que l’infirmité de Théo était permanente, les juges ont prononcé une peine encore inférieure. Le policier a écopé de douze mois de prison avec sursis et d’une interdiction d’exercer sur la voie publique pendant cinq ans.

Les images de la vidéosurveillance ont obligé la cour à reconnaître que Théo avait subi d’autres coups alors qu’il était au sol, déjà sonné par la violence du premier coup de matraque. Le tabassage s’est poursuivi dans le véhicule de police, accompagné d’injures racistes. Pour ces faits, les deux autres policiers ne sont condamnés qu’à trois mois de prison avec sursis et deux ans d’interdiction d’exercer sur la voie publique.

Ainsi, aucun des trois inculpés ne fera un seul jour de prison pour avoir mutilé, tabassé et humilié un jeune homme alors âgé de 22 ans, qui s’était interposé lors d’un contrôle d’identité dans son quartier. La radiation de la police, possible après une condamnation mais pas automatique, reste bien improbable. S’il a déjà reçu un blâme, l’auteur du coup de matraque est désormais dans un commissariat de Paris, en charge du parc informatique, comme il l’a annoncé au procès. Un autre a été muté dans la Police-­Secours à Dax et le troisième a été affecté à la BAC de Lille. Autant dire que l’institution policière est bien probablement prête à passer l’éponge.

« Ma motivation est intacte. C’est un beau métier, on en a besoin, sinon c’est l’anarchie », avait déclaré un des policiers cogneurs pendant les audiences. C’est cette motivation à cogner dur contre les pauvres que l’État veut préserver en renouvelant les gestes d’indulgence envers ses policiers et ses gendarmes, même lorsqu’il est impossible de dissimuler qu’ils ont agi comme des barbares.

Boris SAVIN