Loi Immigration : constitutionnelle ou pas, une loi révoltante

24 Janvier 2024

Dimanche 21 janvier, 75 000 à 150 000 manifestants ont défilé dans tout le pays pour dénoncer une nouvelle fois la loi Immigration.

L’application de la loi en l’état entraînerait notamment la suppression d’aides au logement ou d’allocations familiales pour des dizaines de milliers de personnes pendant leurs premières années de présence en France. Cela reviendra à amputer directement le budget de familles populaires. Des économistes ont chiffré à environ trente mille le nombre d’enfants dont les familles seraient appauvries. Et bien entendu, contrairement à ce que certains démagogues qui opposent Français et étrangers peuvent laisser entendre, aucun autre enfant de milieu populaire, même français depuis dix générations, ne verra sa situation améliorée pour autant.

Cette loi limitera encore les possibilités d’obtenir un titre de séjour en règle ou la nationalité. Tous les travailleurs immigrés seront donc coincés dans une situation plus précaire, qui les poussera à baisser la tête plus longtemps face à leur patron. Et, on le sait, cela permettra au patronat d’ajouter une pression sur tous les travailleurs.

Certains espèrent que le Conseil constitutionnel rejettera une partie au moins des dispositions les plus inhumaines : celles qui instaurent des quotas d’immigrés, rallongent à deux ans la possibilité pour des travailleurs de faire venir leur famille, celles qui vont trop ouvertement dans le sens de la préférence nationale chère à l’extrême droite. Mais, quel que soit le contenu exact de la loi au final, il s’agit d’une attaque en règle contre les travailleurs immigrés.

Les partis de gauche présents dans la manifestation se présentent comme des opposants à cette loi. Ils mettent de côté le rôle qu’ils ont joué dans les attaques contre les travailleurs immigrés. Sans remonter jusqu’à Mitterrand et à sa promesse jamais tenue de donner le droit de vote aux immigrés, Jospin, à la tête d’un gouvernement de la gauche unie, « oublia » d’abroger les lois Pasqua-Debré qu’il traitait de scélérates quelques jours avant d’être élu. Quant à Hollande, il a perpétué l’enfermement des migrants, enfants compris, dans des centres de rétention, avant de les expulser. Valls, son Premier ministre, avait été jusqu’à une déclaration franchement raciste contre les Roms et avait mis en œuvre une politique restreignant les possibilités de régularisation des travailleurs immigrés. La gauche au pouvoir a ainsi poursuivi et préparé la politique anti-immigrés de la droite.

La droite, l’extrême droite et le camp de Macron ont enchaîné toutes les mises en scène pour se présenter comme un rempart face au danger que représente selon eux l’immigration. Et ce n’est pas un hasard si le chef d’orchestre de la loi Immigration, Macron, est aussi celui qui enchaîne les attaques contre les travailleurs ces dernières années. Son gouvernement fait diversion en distillant l’idée que les problèmes des travailleurs seraient liés à la présence d’immigrés, présentés comme des concurrents.

La réalité est à l’opposé. Pour que chaque travailleur puisse vivre correctement, il faudra surmonter les divisions et relever la tête ensemble.

Lucas Pizet