Lycées professionnels : régression organisée

19 Octobre 2022

Avant même l’appel interprofessionnel, un appel à la grève avait été lancé dans l’Éducation nationale, car le gouvernement s’apprête à démanteler la filière professionnelle, déjà bien attaquée par des réformes précédentes.

Pour l’instant, les contours de cette réforme demeurent flous : seule certitude, elle prévoit d’augmenter les périodes de stage de 50 %. En Bac pro, les élèves auraient 33 semaines de stage au lieu de 22 aujourd’hui. Mais la volonté du gouvernement est de placer l’enseignement professionnel sous la coupe des patrons, plus compétents d’après lui pour former la jeunesse. Cela revient en fait à leur livrer de la main-d’œuvre gratuite.

Les lycées professionnels accueillent des élèves d’origine populaire qui pour bien des raisons – par choix ou souvent par défaut – ne sont pas orientés vers les lycées généraux et technologiques. Ces lycées sont classés en deux catégories : lycées industriels ou tertiaires. Dans les années 1970, sous l’influence du mouvement de 1968, ces lycées avaient une exigence : donner aux futurs jeunes ouvriers ou employés une culture générale de qualité. C’est cet esprit qui a prévalu pendant des années dans l’enseignement professionnel, où nombre de professeurs avaient à cœur de donner un esprit critique à leurs élèves. Dans les années 1980 à 2000, on enseignait aux élèves le droit du travail, l’histoire du mouvement ouvrier. Quant aux matières professionnelles, elles étaient souvent enseignées par des professeurs ayant pour beaucoup à cœur de former des ouvriers conscients. Les différents gouvernements n’ont eu de cesse de vouloir mettre un terme à cet enseignement, considérant que c’est du temps perdu.

Dès 2009, la première réforme du lycée professionnel a vu la part d’enseignement général se réduire et la part des stages en entreprise augmenter. Le bac professionnel, qui prévoyait quatre années de formation, les a réduites à trois. Le nombre d’heures d’enseignement général a bien sûr été diminué d’autant. Quant aux programmes, ils ont changé : il n’était plus question d’enseigner le droit des travailleurs, les luttes sociales, l’histoire des sociétés. Un professeur de lettres- histoire en seconde, qui avait six heures de français et d’histoire-géographie, a vu son service diminuer de trois heures dans cette classe. Quant à l’enseignement des mathématiques, il a aussi été réduit à rien ! En CAP, les élèves ont en tout et pour tout une heure et ­demie de lettres-histoire, soit trois quarts d’heure de français et trois quarts d’heure d’histoire !

La réforme actuelle va remettre en question l’enseignement des langues, des arts, de l’EPS. C’est d’ailleurs gagnant-gagnant pour le gouvernement, qui va pouvoir procéder à un vaste plan de suppressions d’emplois dans l’éducation et fermer nombre de lycées. Cinq lycées parisiens sont ainsi menacés de fermeture dès la rentrée prochaine, les formations ne correspondant plus aux souhaits patronaux.

Dans nombre de lycées professionnels, la grève a été un vrai succès, tout comme la manifestation. Mais une seule journée ne fera pas reculer le gouvernement et le combat doit continuer.

Aline URBAIN