Crédit impôt recherche : 40 ans de recherche... du profit

19 Octobre 2022

Instauré en 1983, le crédit impôt recherche (CIR) permet aux entreprises de déduire de leurs impôts les sommes prétendument allouées à la recherche. Il est devenu la première niche fiscale, représentant plusieurs milliards d’euros par an.

Quand il a été créé, le dispositif ne s’appliquait qu’aux entreprises dont le budget recherche était en augmentation par rapport à l’année précédente. En 2008, sous Sarkozy, cette condition a été supprimée. Toutes les entreprises ont pu alors déduire leurs dépenses de recherche, même si celles-ci n’augmentaient pas. Elles ne s’en sont pas privées : alors que le CIR se montait à 1,8 milliard d’euros en 2007, il a atteint 6,8 milliards en 2018.

La plus grosse partie du CIR est captée par les plus grosses entreprises : automobile, électronique, laboratoires pharmaceutiques... Représentant moins de 1 % des bénéficiaires, les cinquante plus grandes entreprises totalisent à elles seules la moitié du CIR. Selon les experts de France Stratégie, les très grandes entreprises ne réinvestissent que 0,40 euro pour chaque euro d’aide versé. Autrement dit, 60 % de la réduction d’impôt est du bénéfice net pour ces grands groupes. On est bien loin des contrôles tatillons imposés aux plus pauvres pour toucher la moindre aide de quelques euros.

Le CIR n’est qu’un des dispositifs qui permettent aux capitalistes d’aspirer l’argent public directement sur leurs comptes. Des chercheurs lillois ont publié le 7 octobre un rapport sur les aides aux entreprises, des exonérations d’impôt aux subventions directes en passant par les baisses de charges. Ils estiment à 157 milliards d’euros le montant ainsi versé au grand patronat, ce qui en fait le premier poste de dépenses de l’État, près de trois fois le budget de l’Éducation nationale. En vingt ans, ces aides ont triplé.

Les ­entreprises et le patronat prétendent tirer en avant ­l’économie. Ils en sont surtout des parasites, gavés d’argent de l’État.

Camille PAGLIERI