Maisons Phénix : salariés et acheteurs à la rue

12 Juillet 2022

Le 28 juin, quatorze des dix-sept sociétés de Geoxia, plus connu au travers des Maisons Phénix, ont été liquidées, entraînant le licenciement de 1 100 salariés et laissant 1 600 chantiers, 3 500 clients et 10 000 sous-traitants en plan.

Fondées au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, les Maisons Phénix à construction standardisée, donc moins chère, étaient destinées aux ménages modestes. À la fin des années 1970, il s’en est construit jusqu’à 15 000 par an, une véritable poule aux œufs d’or pour les actionnaires que furent la Générale des eaux (Vivendi), puis les banques Natexis et Barclays. Après la crise de 2008 et la chute des commandes, les banques, avec la complicité de l’État, se sont débarrassées de l’entreprise en la vendant à un fonds, LBO France, qui s’est chargé de la rentabiliser, ramenant l’effectif de 3 000 salariés à 1 200.

Mais si les salariés et les sous-traitants se retrouvent aujourd’hui sur le carreau, c’est parce que le propriétaire de LBO France, les banques et l’État ont décidé qu’avec la crise l’entreprise n’était plus assez profitable. Le marché de Geoxia, c’est-à-dire les plus modestes voulant devenir propriétaires de leur logement individuel, est en recul constant ces vingt dernières années, en proportion de la baisse des revenus des couches populaires. Avec la remontée des taux d’intérêt amorcée ces derniers mois, LBO France et les banques ont estimé que le nombre d’acheteurs potentiels va encore se réduire. Les Maisons Phénix ayant aussi la particularité d’avoir des prix fixes, l’augmentation actuelle des prix des matériaux et de l’énergie a réduit les marges et les bénéfices. Les banques ont donc décidé de ne plus fournir la trésorerie nécessaire, tandis que l’État, sollicité dans le cadre d’une reprise par les salariés, a refusé, estimant que l’entreprise n’avait pas d’avenir.

Avec la liquidation de Geoxia, des centaines de familles populaires risquent de perdre les économies investies dans une Maison Phénix ou Castor. Se loger correctement est pourtant une nécessité vitale. Mais, dans la construction de logements sociaux, accessibles et de qualité, comme dans tant d’autres domaines qui concernent les couches populaires, l’État fait défaut. Il laisse les capitalistes mettre au chômage les bras et les compétences disponibles.

Serge BENHAM