Mélenchon : les boniments ne remplissent pas la gamelle

08 Juin 2022

« Je ne vous promets pas que nous allons créer un paradis du jour au lendemain. Mais je vous garantis que, du jour au lendemain, nous allons faire cesser l’enfer et que les gens vivront mieux », a déclaré Mélenchon lors de son meeting du 1er juin.

Si, contre toute attente, la nouvelle mouture de l’union de la gauche, la Nupes, avait une majorité de députés à l’Assemblée, pour autant rien ne serait acquis pour les travailleurs. Ceux qui se laissent bercer par les belles paroles se préparent des désillusions.

Des journalistes annoncent déjà qu’il y aurait alors un affrontement entre deux pouvoirs, celui du président et celui de l’Assemblée. Cela n’aurait pourtant rien d’exceptionnel. De telles cohabitations ont déjà eu lieu par le passé : quand Mitterrand a été contraint de nommer un Premier ministre de droite, Chirac, ou quand Chirac président a été obligé de nommer un Premier ministre de gauche, Jospin. Un Macron et un Mélenchon, comme leurs prédécesseurs, sauraient eux aussi s’entendre. Mélenchon commence déjà à le dire en déclarant que « sur l’arène internationale », lui et Macron parleraient « d’une seule voix » en expliquant : « Je suis sûr que le président sera raisonnable et, moi, je le serai ».

Mais, surtout, on sait d’où viendrait la pression. La situation économique mondiale s’est encore aggravée avec la guerre en Ukraine et l’accélération de l’inflation. La guerre commerciale est de plus en plus âpre. Et la grande bourgeoisie française attendra du gouvernement, quel qu’il soit, qu’il prenne les décisions conformes à ses intérêts. Pourquoi accepterait-elle par exemple un « cadeau » aux travailleurs tel qu’une vraie retraite à 60 ans ? Au contraire, elle imposera que le nouveau gouvernement mène une véritable guerre de classe au monde ouvrier.

Mélenchon n’est certes pas le candidat de prédilection du grand patronat, qui lui préfère de loin un Macron. Mais s’il y avait une contestation sociale menaçante, la bourgeoisie saurait utiliser ce genre de politicien et son crédit auprès des exploités pour qu’il canalise le mécontentement. Mélenchon annonce déjà la couleur quand il répète aux travailleurs qu’ils n’auront pas à se mobiliser et que, s’il était aux commandes, ils n’auraient qu’à le laisser faire.

Mélenchon peut promettre que « le soleil sera plus beau », la réalité risque d’être tout autre : les travailleurs auraient à se battre pour leurs intérêts, y compris contre un Mélenchon Premier ministre. Car, entre les intérêts de la bourgeoisie et les leurs, il saurait choisir les premiers.

Pierre ROYAN