Grande-Bretagne : Omicron décolle, Johnson dégringole

22 Décembre 2021

Alors que la Grande-Bretagne fait face à une nouvelle poussée de la pandémie, sous la forme d’un raz-de-marée du variant Omicron, le Premier ministre conservateur Boris Johnson vient de connaître ce que les médias considèrent comme sa « pire semaine » depuis son arrivée au 10 Downing Street en juillet 2019.

Le 20 décembre, les contaminations en Grande-Bretagne approchaient les 100 000 par jour, et les experts s’attendaient à une progression exponentielle, avec un doublement du nombre de cas tous les deux jours. Le record des 3 768 hospitalisations par jour, atteint il y a un an, sera-t-il battu ? Si oui, le système de santé britannique, déjà saturé, ne pourra pas faire face. Malmené par des décennies d’austérité et de privatisations, il souffre notamment d’un manque de personnel qui s’est aggravé avec le Brexit et le retour de milliers de travailleurs européens dans leur pays d’origine.

Face à l’épidémie, Johnson avait fait le choix cet été d’abandonner pratiquement tout protocole sanitaire, au nom des sacro-saintes « libertés individuelles » et « liberté d’entreprendre », considérant que le taux de vaccination, supérieur alors à 70 %, suffirait à endiguer le Covid. Maintenant confronté à une vague qui semble hors de contrôle, il a dû faire une entorse à son évangile libertarien en proposant un « plan anti-Covid » qui rend obligatoires le port du masque et le passe sanitaire dans certains lieux.

Adopté le 14 décembre, ce plan n’est guère contraignant pour le patronat, tout juste incité à encourager le télétravail. Mais il l’était quand même trop aux yeux de 99 députés conservateurs sur 361, qui ont refusé de l’approuver : il n’est passé que grâce au soutien, dit « patriotique », de l’opposition travailliste.

Johnson n’a pas volé sa chute dans les sondages. Les images de ses ministres et de lui-même passant du bon temps en mai et décembre 2020, à l’heure où ils prêchaient à la population une stricte limitation des contacts, sont choquantes. Comme sont choquantes ses dépenses individuelles diverses aux frais des contribuables, ou encore la façon dont il a tenté de couvrir la corruption de nombreux représentants ou soutiens de son parti.

Mais, si Johnson traverse une mauvaise passe, c’est d’abord du fait d’attaques venues de son propre camp. Les « révélations » récentes ont été orchestrées par des conservateurs mécontents, pour les uns de ses compromis avec Bruxelles dans sa gestion de la question nord-irlandaise, pour les autres (ou pour les mêmes) du caractère antilibéral de ses mesures anti-Covid. La démission de David Frost, vieil allié chargé du ministère du Brexit, en est une illustration. Intervenue le 18 décembre, elle a été une claque de plus pour Johnson après la perte, le 16, d’un fief historique des conservateurs lors d’une élection législative partielle.

Bien sûr, il est probable que tous ces gens-là prennent leurs distances d’avec Johnson au fur et à mesure que son crédit diminue dans l’opinion. Cela ne devrait pas surprendre le premier ministre, qui lui-même a su surfer sur toutes les démagogies, y compris celle du Brexit, pour parvenir à son poste. Mais il faut souhaiter pour l’avenir que Johnson soit empêché de dormir par un autre genre d’ennuis, venant du camp d’en face, c’est-à-dire par des travailleurs décidés à se battre pour leurs intérêts de classe.

Thierry Hervé