Métallurgie : le patronat à l’offensive

09 Novembre 2021

Le 25 novembre, la fédération métallurgie de la CGT appelle à une mobilisation nationale devant le siège du patronat de la branche, l’UIMM, pour tenter de peser sur les négociations en cours concernant la nouvelle convention collective de la branche.

Ces négociations, qui ont commencé en 2016, devraient aboutir en décembre, pour une pleine application de la nouvelle convention en 2024. Mais c’est l’occasion pour le patronat de tenter d’imposer à l’ensemble des travailleurs de la branche un certain nombre de reculs, qu’il faut combattre.

La métallurgie regroupe 1 400 000 salariés. L’argument avancé par le patronat pour en renégocier la convention est la nécessité de simplifier les textes. La convention actuelle, qui date des années 1970, se décline effectivement en une multitude de textes, en fonction des statuts, cadres et non-cadres, et selon les territoires. Ainsi, il existe pour les ouvriers et les techniciens et agents de maîtrise 76 conventions territoriales, négociées localement, avec chacune des spécificités, sur les minima de rémunération, les primes de panier, de vacances, d’ancienneté… Alors que depuis les années 1970 il a fermé de nombreuses usines et réorganisé la production à l’échelle du pays, voire du monde, le patronat voit dans cet ensemble de textes une survivance du passé mais surtout, selon ses propres termes, une « source d’insécurité juridique », car ils peuvent se contredire les uns les autres.

Mais la renégociation de la convention est surtout l’occasion pour le patronat de s’attaquer à plusieurs aspects de la rémunération des travailleurs. Ainsi, il entend remettre en cause la prime d’ancienneté. Elle s’intégrerait progressivement aux salaires pour les embauchés actuels et disparaîtrait pour les nouveaux. Il remet aussi en cause la prise en charge des trois jours de carence en cas de maladie et cherche à imposer qu’une partie de la prévoyance, assumée aujourd’hui par les entreprises, le soit par des cotisations salariales et des assurances privées.

Le point central de l’offensive patronale est d’instaurer un nouveau système de classification des postes de travail, dont dépendront les salaires. Alors que les textes actuels fixent des minima pour les nouveaux embauchés en fonction de leurs diplômes, et que ces minima évoluent ensuite automatiquement en fonction de l’ancienneté, les salaires seraient dorénavant fixés en fonction de l’emploi occupé, selon sa cotation dans la nouvelle classification. Ainsi, un salarié pourrait voir son salaire diminuer en cas de changement d’emploi vers un poste moins bien classé. L’avantage recherché par le patronat est de pouvoir ajuster la masse salariale à ses besoins et aux postes de l’entreprise, en faisant en sorte qu’elle ne dépende plus de l’ancienneté des salariés.

La CGT a fait le choix de participer à ces interminables négociations, pour, a-t-elle dit, « exiger une convention de haut niveau ». Cet objectif est en réalité inatteignable sans des luttes d’ampleur, à l’image justement de celles de 1936 qui ont permis d’arracher des avancées, de les généraliser et de les garantir pour un temps par de telles conventions collectives. Avec le rapport de force actuel, les discussions autour du tapis vert ne peuvent que se traduire par des reculs pour les travailleurs. La participation aux négociations de la CGT, qui n’a pas voulu être en reste par rapport aux autres confédérations syndicales en tant qu’interlocutrice du patronat, n’a pas permis d’armer les militants et les travailleurs qui lui font confiance face à ces attaques.

À quelques semaines de la fin des négociations, l’appel à manifester de la CGT sous les fenêtres du patronat doit être entendu comme une réaction de défense légitime. Les travailleurs ont intérêt à ce que cette journée du 25 novembre soit un succès, un succès à même d’encourager tous ceux du pays à entrer en lutte. Car si la métallurgie est effectivement attaquée, tous les travailleurs le sont, que ce soit sur les salaires ou sur les emplois. Et c’est bien tous ensemble, par la grève et les manifestations, qu’ils pourront s’opposer au patronat.

Serge BENHAM