Montreuil : la mort d’un ouvrier sans papiers… et sans sécurité

05 Mai 2021

« Sa mort n’a pas fait la une de BFM ou Cnews. Aucun ministre n’ira voir sa famille. Et pour cause, Bary Keita était un ouvrier. Il avait 28 ans. Il était malien. Il vivait et travaillait en France depuis huit ans. Il était sans papiers. »

C’est ainsi que commençait l’hommage de ses camarades à Bary, décédé le 28 avril d’une chute de cinq mètres de l’échafaudage sur lequel il travaillait à Pantin. Deux cents personnes, sans-papiers, militants associatifs et politiques, étaient rassemblées samedi 1er mai devant la mairie de Montreuil, en Seine-Saint-Denis, pour dénoncer sa mort, et plus largement les conditions indignes dans lesquelles travaillent et vivent les sans-papiers.

« Premier de corvée » en pleine crise sanitaire, Bary n’a bénéficié d’aucune mesure de protection, ni bien sûr d’aucune gratification. Il vivait dans un hangar depuis l’expulsion du foyer des Baras à Montreuil. Son cas est loin d’être isolé. Le 26 avril, Ibrahim Konaté, résident au foyer Branly, a fait une chute du troisième étage et a été hospitalisé à la suite de ses blessures. Comble de l’indécence, son patron l’a ramené directement au foyer, se gardant bien d’appeler les secours afin de ne pas avoir à déclarer l’accident.

Ces travailleurs sont exposés à des patrons esclavagistes et aux autorités qui n’ont d’autre politique que la répression… contre eux ! Ainsi, après l’expulsion du foyer des Baras, en février, un jugement a ordonné l’expulsion du foyer Stalingrad dans un délai de neuf mois, tandis qu’on commence à vider le foyer Rochebrune. Les autorités savent qu’en démantelant les foyers elles détruisent les formes d’organisation et de solidarité que se sont données les sans-papiers, et qui leur permettent de se défendre. Le 27 avril, deux militants du comité de sans-papiers de Montreuil, Mady Diarra et Mahamadou Traoré, ont été arrêtés lors d’une descente de police au foyer Adef. Ils ont écopé de lourdes peines administratives et pénales pour l’annulation desquelles leurs camarades sont en train de se mobiliser.

Après l’hommage à Bary, les présents ont rejoint le cortège du 1er mai à Paris : une manière d’affirmer que leur lutte est celle de tous les travailleurs, avec ou sans papiers.

Line Kovic