Évacuation des migrants : journalistes s’abstenir

10 Février 2021

Le Conseil d’État, dans une décision rendue le 3 février, a validé l’interdiction faite aux journalistes d’assister aux opérations de police visant à déloger les migrants.

Le juge des référés avait été saisi par deux journalistes, auxquels la police avait interdit de pénétrer dans les périmètres de sécurité délimités lors des évacuations de campements de fortune dans le Nord fin décembre, à Dunkerque et à Calais. Il estime donc qu’empêcher les journalistes d’observer et de rendre compte des faits et gestes des policiers « ne porte pas une atteinte excessive à la liberté de la presse ». Quant au ministère de l’Intérieur, il ose prétendre qu’éloigner les journalistes vise « à assurer le respect de la dignité due aux personnes évacuées ».

Présent lors du démantèlement du camp de Grande-Synthe le 29 décembre, l’un des deux journalistes a pu constater ce que vaut le « respect de la dignité » pour ce gouvernement. Ses photos, très partagées sur les réseaux sociaux, montrent des policiers accompagnés d’un homme cagoulé, couteau en main, lacérant des tentes au petit matin. Selon les associations d’aide aux migrants, ces expulsions sont quasi-quotidiennes. Elles dénoncent depuis des mois les méthodes mises en œuvre pour empêcher les migrants délogés de se réinstaller ailleurs : déboisement, mise en place de grilles, de rochers sur un lieu de distribution de nourriture, intimidations policières… Tout est bon pour leur rendre la vie impossible.

Cette décision du Conseil d’État est un message clair envoyé aux policiers : ils peuvent désormais poursuivre leur basse besogne sans craindre d’être dérangés par des regards indiscrets.

David Mencas