PSA-Fiat-Chrysler : un géant… mûr pour l’expropriation

06 Janvier 2021

Lundi 4 janvier, les actionnaires des groupes PSA et Fiat-Chrysler ont entériné l’une des plus importantes fusions de l’histoire de l’industrie automobile. Elle aura des conséquences non seulement pour les 400 000 travailleurs du nouveau groupe mais aussi pour des millions de personnes partout dans le monde où ces deux géants de l’automobile se sont implantés.

Les problèmes du secteur de l’automobile ne datent pas du coronavirus. Dans le contexte de la crise, tous les groupes ont des capacités de production bien supérieures aux possibilités d’absorption des marchés mondiaux. L’année 2020 et les conséquences de la pandémie sont venues s’y ajouter. Le recul des ventes en France, par exemple, a eu une ampleur inédite depuis le choc pétrolier de 1975. En accélérant une fusion qui avait été enclenchée il y a deux ans, ces deux groupes espèrent se renforcer pour faire face à leurs concurrents et à la menace de perdre leurs marchés.

Que peuvent-ils en attendre ? PSA peut espérer accéder aux parts de marché de Fiat-Chrysler en Amérique du Nord et du Sud. Fiat compte bénéficier de l’avancée technologique de PSA notamment en matière de véhicules électriques. Mais quelles que soient leurs multiples motivations, on sait par avance que ce sont les intérêts financiers des principaux actionnaires, ceux de la famille Peugeot et de la famille Agnelli, qui seront décisifs.

On sait aussi par avance que ce sont les travailleurs du groupe, les intérimaires et ceux des entreprises sous-traitantes qui paieront le prix fort. Ainsi que les petits industriels et les petits commerçants car des sites vont être menacés de fermeture, et de nombreuses petites entreprises en subiront les conséquences. Les surcapacités de production du nouveau groupe sont considérables. Si les usines de PSA et Fiat-Chrysler tournaient au maximum, elles pourraient sortir en plus de leur production actuelle l’équivalent de la production de tout un groupe comme Ford ! C’est justement en taillant dans ces surcapacités que les dirigeants du groupe fusionné comptent faire des économies qu’ils estiment à plus de 5 milliards d’euros par an. Cela souligne le parasitisme de ces grands groupes qui décident de supprimer des moyens de production considérables et de mettre au chômage des travailleurs qui pourraient produire des biens utiles à la population.

Quelles usines et quels centres techniques seront visés ? Quelles villes, quelles régions en Amérique et en Europe risquent d’être sinistrées ? Évidemment, les dirigeants se gardent bien d’annoncer quoi que ce soit. En la matière, Carlos Tavares qui sera le PDG du nouveau groupe a de l’expérience. Depuis son arrivée à la tête de PSA, il a supprimé 30 000 emplois en CDI et fermé plusieurs usines, et après le rachat du groupe Opel par PSA, il a encore supprimé 10 000 emplois.

Mais cet arrangement entre brigands est peut-être l’occasion pour les travailleurs de prendre conscience qu’ils ont leur mot à dire dans cette affaire. D’un site à un autre, ils ont les mêmes intérêts. Et face à leurs exploiteurs qui chercheront à les diviser, ils devront au contraire montrer leur capacité à s’unir, y compris par-delà les frontières. Leur nombre et leur concentration dans d’énormes usines qui font vivre des villes entières est une force considérable qui se révélera dès qu’ils en prendront conscience.

Pierre ROYAN