Recherche : budget toujours aussi dérisoire

23 Septembre 2020

Le projet de loi sur le financement de la recherche dans les dix prochaines années actuellement examiné à l’Assemblée nationale prévoit de porter en 2030 le budget annuel à 20 milliards d’euros par an, soit cinq milliards de plus qu’aujourd’hui.

La ministre Frédérique Vidal présente cette somme comme un engagement financier exceptionnel alors qu’elle ne changera rien à la situation désastreuse de la recherche, la plus grande partie de l’augmentation n’intervenant de toute façon qu’à la fin de la décennie.

Alors que le grand patronat profite de centaines de milliards d’euros au nom de la crise sanitaire, la recherche publique voit ses travaux entravés par le manque de financement sur le long terme.

Faute de crédits suffisants, l’activité des laboratoires est suspendue à l’agrément des projets que présentent les chercheurs, et cela va continuer avec la future loi. Les financements sont remis en cause à l’achèvement du temps imparti, ruinant la poursuite des recherches.

Un scientifique a ainsi décrit dans une récente tribune comment des recherches entamées en 2003 sur les coronavirus n’avaient plus été financées les années suivantes, jusqu’à ce qu’ils suscitent aujourd’hui un regain d’intérêt des pouvoirs publics. Son équipe travaillait pourtant sur la réplication des coronavirus et visait à expliquer comment ces derniers mutent, des éléments qui auraient été aujourd’hui de première utilité pour créer des vaccins ou des médicaments. Dix-sept ans ont ainsi été perdus !

On comprend que les chercheurs déplorent de passer plus de temps à chercher de l’argent qu’à faire leur métier. Certains remarquent d’ailleurs amèrement au passage que les tonnes de formulaires qu’ils doivent ainsi remplir contrastent avec la simplicité de ceux adressés aux patrons pour bénéficier du crédit impôt recherche.

Si les financements sont précaires, les équipes le sont tout autant. Le gouvernement maintient avec sa future loi la pénurie actuelle de postes de titulaires, et continue de développer les petits contrats comme mode privilégié de recrutement. 30 % des enseignants chercheurs sont aujourd’hui sous contrats précaires, auxquels il faut ajouter 130 000 vacataires. Le même chercheur travaillant sur les coronavirus explique ainsi comment, lorsque les financements ont enfin ressurgi cette année, il a dû recruter à la hâte trois jeunes diplômés en CDD de 15 mois payés 1 600 euros mensuels, puis un autre à 1 200 euros pour préparer les réactifs. Des embauches sans aucune garantie pour la suite !

La politique menée dans la recherche publique entrave depuis longtemps le développement de connaissances et prive d’une vie correcte ceux qui y travaillent. La nouvelle loi vise juste à perpétuer cette situation pour les dix ans à venir.

Daniel MESCLA