Inteva, Phildar, Alinea… : faillites frauduleuses aux dépens des salariés

23 Septembre 2020

Depuis le mois de mai, sous prétexte de Covid, une ordonnance du gouvernement permet la reprise d’une entreprise en dépôt de bilan par son propriétaire, celui-là même qui l’a mise en faillite. Au passage, les dettes sont effacées et les emplois supprimés à moindre frais. Le message a été reçu cinq sur cinq par le patronat qui s’est emparé de l’aubaine.

Le 19 juin, c’était Orchestra, enseigne de prêt-à-porter pour enfants, qui était redonnée par le tribunal de commerce de Montpellier à Pierre Mestre, une des plus grosses fortunes de la région Occitanie, après apuration de 650 millions de dettes et l’annonce de 431 suppressions d’emplois.

Tout dernièrement, c’est la richissime famille Mulliez qui a obtenu la reprise d’Alinea, l’enseigne de meubles dont elle avait déposé le bilan en mai. Au passage, 992 salariés étaient mis à la porte, les trois quarts des magasins fermés, et 70 millions de dettes aux fournisseurs rayées d’un trait de plume.

Mardi 22 septembre, sur décision du tribunal de commerce de Lille, la même famille Mulliez a récupéré, via la société PP Yarns, le fabricant de fil à tricoter Phildar qu’elle avait mis en faillite en juillet dernier alors même que le plan prévoit 125 suppressions d’emplois.

Le même jour, le tribunal de commerce d’Orléans devait prendre une décision analogue à propos d’Inteva, équipementier automobile sous-traitant de Peugeot et Renault et filiale française d’un groupe américain. Le jugement sera rendu le 2 octobre. Alors que celui-ci emploie 660 salariés sur trois sites, Inteva ne propose de reprendre que deux de ces sites, condamnant à la fermeture celui de Saint-Dié dans les Vosges, jetant à la rue 241 salariés. Comble de cette escroquerie en bande organisée, cette entreprise ne sera plus tenue de verser les indemnités supralégales non seulement pour les futurs licenciés, mais aussi pour ceux des précédents plans validés en 2018 (100 salariés) et 2019 (70 salariés). Inteva se dégage aussi de sa promesse signée précédemment de maintenir l’emploi pendant deux ans à Sully-sur-Loire.

Preuve que le gouvernement savait parfaitement l’usage que les capitalistes allaient faire de sa loi, le rapport accompagnant l’ordonnance précisait qu’il faudrait veiller « à ce que le plan de cession ne soit pas seulement l’occasion, pour le débiteur, d’effacer ses dettes et de réduire ses effectifs en présentant lui-même, ou par personne interposée, une offre de reprise. » Autant remettre à un alcoolique les clés d’un marchand de vin en lui recommandant de rester sobre.

Christian BERNAC