Macron en Afrique : l’impérialisme à l’œuvre

26 Décembre 2019

Pour la troisième fois depuis son élection, c’est en Afrique, mais cette fois en Côte d’Ivoire, que Macron s’est offert un réveillon, certes anticipé, mais très médiatisé, au milieu d’un millier de militaires français ; ceux-là mêmes qui mènent la guerre au Sahel dans le cadre de l’opération Barkhane, à laquelle sont associés cinq États de la région.

Autant dire que les propos de Macron sur le colonialisme, qu’il décrit comme « une faute morale », et son « Rompons les amarres » avec ce passé, sonnent comme une sinistre provocation. La « nouvelle histoire commune », qu’en bon ancien élève des jésuites il prêche hypocritement aux États africains, ressemble beaucoup à cette opération Barkhane où ceux-ci n’ont pas voix au chapitre et où leurs contingents sont placés sous commandement du haut état-major français.

Plus d’un demi-siècle après les indépendances de ses ex-colonies, l’État français ne peut certes plus affirmer sa domination en Afrique dans les mêmes termes que ces politiciens qui, tel de Gaulle, voulaient une France qui aille « de Dunkerque à Tamanrasset » ou affirmaient, comme Mitterrand sous la IVe République : « L’Algérie c’est la France, la seule négociation c’est la guerre. » Des nostalgiques de l’Empire, des colonies et des massacres de l’armée française, comme Marine Le Pen, peuvent accuser Macron de « salir l’histoire de la France », mais les gouvernants français ont seulement dû adapter leur langage, pas leur politique. Elle reste celle de la défense de l’impérialisme français, dans une Afrique de l’Ouest et du Centre qu’il considère toujours comme son pré carré, et des intérêts de ses grands groupes pétroliers, miniers, commerciaux et portuaires dans cette partie du continent.

C’est au nom d’une prétendue défense de la sécurité des populations locales que Macron veut justifier la présence permanente de troupes françaises dans le Sahel. Comme si les Bolloré, Areva, Total et autres grands groupes soutenus par l’État français ne s’appuyaient pas sur les pires ennemis locaux de la sécurité de ces populations : des dictateurs que Paris a mis en place et qu’il arme pour défendre les intérêts des financiers, des industriels et de l’état-major français.

Par sa politique même en Afrique, l’État français est en fait le meilleur recruteur des groupes djihadistes que son armée est censée combattre sur place. Certains officiers supérieurs le reconnaissent, qui déclarent aux médias qu’ils ne voient pas d’issue à cette guerre dans le Sahel et que l’armée française s’y trouve pour trente ans !

Visant les présidents du Mali et du Burkina Faso, Macron les a accusés de laisser « prospérer sans condamnation politique claire des sentiments antifrançais ». En fait, il leur reproche de ne pas réprimer les manifestants qui dénoncent la politique néocoloniale de la France. C’est un rappel en forme de menace car, l’armée française étant sur place, ces dirigeants savent qu’elle n’aurait que l’embarras du choix si elle devait choisir de soutenir un de leurs concurrents,

En attendant, Macron a convoqué les chefs d’État de la région à un nouveau sommet à Pau. Car, en fait de « rompre les amarres », il « souhaite que les entreprises françaises restent des acteurs majeurs » des relations avec l’Afrique. Et cela vaut bien les deux millions d’euros par jour que coûte, officiellement, l’opération Barkhane depuis 2014, opération dont la bourgeoisie française présente la note aux populations du Sahel ainsi qu’à la population française, via les impôts.

Pierre LAFFITTE