Lubrizol : les profits d’abord

26 Décembre 2019

L’usine Lubrizol de Rouen a rouvert le 13 décembre, avec l’autorisation de la préfecture. L’usine était fermée depuis le 26 septembre, quand tout un entrepôt avait brûlé. En tout, avec l’incendie d’un entrepôt voisin, 9 500 tonnes de produits chimiques étaient parties en fumée, créant un nuage de pollution sur plusieurs centaines de kilomètres carrés.

Les riverains de l’usine, constitués en association, s’opposaient à cette réouverture, surtout aussi peu de temps après l’incendie. « Depuis mon appartement à 1,5 km, je sens encore des odeurs qui provoquent des maux de tête et me mettent au bord du vomissement », témoigne ainsi un membre de l’association des sinistrés de Lubrizol. En outre, l’évacuation de produits dangereux n’est pas achevée, et il reste 1 300 fûts toxiques sur le site.

La réouverture était néanmoins réclamée par Lubrizol France, dont le PDG expliquait : « L’emploi pour 400 et quelques personnes, c’est énorme. » Si l’avenir de l’usine inquiète ses salariés, ce chantage est particulièrement scandaleux. Lubrizol n’est pas une PME en difficulté. C’est une multinationale propriétaire d’une centaine d’usines, au chiffre d’affaires de 6,8 milliards de dollars. Elle appartient au groupe financier du multimilliardaire Warren Buffet, une des plus grandes fortunes mondiales. Autrement dit, réouverture ou pas, elle aurait largement les moyens de maintenir 400 emplois.

Les craintes viennent en particulier de la bienveillance dont les autorités ont toujours fait preuve à l’égard des responsables de cette usine. En 2013, elle avait été à l’origine de l’émission d’un nuage de gaz malodorant senti jusqu’en région parisienne et au sud de l’Angleterre. Elle fut alors condamnée à une amende dérisoire de 4 000 euros, pour négligence. En 2015, elle a déversé plusieurs milliers de litres d’huile dans le réseau d’évacuation des eaux pluviales. Eh bien, cela ne l’a pas empêchée de décrocher en 2019 une autorisation d’extension de ses activités !

Autant dire que la population n’a aucune raison d’avoir confiance dans les autorités pour garantir sa sécurité. Près de vingt ans après l’explosion de l’usine AZF à Toulouse, l’incendie de Lubrizol vient de rappeler qu’il n’est pas acceptable que des activités aussi dangereuses que la chimie et la pétrochimie continuent d’être soumises au choix de dirigeants seulement guidés par la recherche du profit.

Michel BONDELET