WN-Whirlpool – Amiens : Macron froidement accueilli

27 Novembre 2019

En visite le 22 novembre dans la capitale picarde, dans une des régions les plus ouvrières et pauvres du pays, Macron, qui s’est présenté comme « l’enfant d’Amiens », a eu sa petite phrase moralisatrice pour chacun.

Dans la cité sinistrée par le chômage du quartier du Pigeonnier, seuls quelques dizaines de gamins – moins nombreux que les policiers du RAID postés sur les toits – se sont pressés à son passage pour faire des selfies. « Il ne faut rien lâcher », a lancé Macron. À quoi faisait-il allusion ? À l’hôpital, où se déroule une grève contre le manque de personnel, il a sermonné les salariés : « Beaucoup me disent qu’il faut rouvrir des postes et des lits. Ce n’est pas vrai. » Et surtout, aux ex-salariés de Whirlpool, dont la manifestation a été refoulée aux abords de l’université, mais qu’il a daigné rencontrer par la suite, il a répété qu’il ne faut pas ressasser le passé, mais aller de l’avant. Visiblement, se retrouver sans emploi, il n’imagine même pas ce que c’est.

Entre les deux tours de l’élection présidentielle, Macron avait fait sa promotion en assurant qu’il avait un repreneur pour les ouvriers de cette usine de sèche-linge. Celui-ci, président du Medef local, s’avéra n’être qu’un magouilleur qui empocha purement et simplement les dix millions d’euros destinés à la réindustrialisation du site. Après une année à jouer aux cartes dans des ateliers déserts ou à effectuer des stages « pour apprendre à sourire », les ouvriers ont été mis à la porte et l’usine, devenue WN, a de nouveau été fermée. Sur les 500 salariés qui y travaillaient il y a deux ans, 163 avaient été repris et 44 ont encore aujourd’hui un travail sur le site auprès d’un nouveau repreneur, Ageco, fabricant de mobilier.

Lors de l’entrevue, certains ouvriers de l’usine, en colère, ont demandé à Macron pourquoi, concernant une entreprise aux bénéfices florissants comme Whirlpool, les licenciements interdits par la Direction régionale du travail avaient été autorisés par le ministère. Un ouvrier lui a dit qu’il pouvait comprendre qu’un simple salarié comme lui se soit fait berner par un repreneur véreux, mais pas qu’un président ait pu être naïf à ce point !

Effectivement, tout n’était que de la poudre aux yeux : le nouveau patron empochait l’argent en échange d’un plan extravagant de production de voiturettes, de pylônes d’ascenseurs et de casiers réfrigérants géants ; tout cela dans une usine de sèche-linge et avec seulement une centaine d’ouvriers de production. Et la promotion en était assurée par le candidat à l’élection présidentielle devenu ensuite président !

Deux ans et plusieurs centaines de licenciements plus tard, les numéros d’acteur et les boniments sont usés. Macron a pu s’en rendre compte.

Correspondant LO