Violences sexistes : quelques mesures, peu de moyens

27 Novembre 2019

Les manifestations contre les violences faites aux femmes ont rassemblé 150 000 personnes dans toute la France, samedi 23 novembre.

Reflet d’un large consensus pour dénoncer notamment le fait que tous les deux jours une femme meurt sous les coups de son conjoint ou ex-compagnon, ce succès a d’autant plus souligné le manque de moyens alloués aux mesures que le gouvernement vient d’annoncer en conclusion du Grenelle sur les violences conjugales.

Édouard Philippe n’a certes pas mâché ses mots. Il a fustigé des décennies d’aveuglement, de déni, de silences coupables, de sous-estimation systématique d’actes très graves, de faillite collective des pouvoirs publics.

Faire étalage de sa compassion, voire battre sa coulpe, les gouvernants savent le faire : cela ne coûte rien et cela peut aider à redorer un blason bien terni. Mais lorsqu’il a fallu passer aux actes censés répondre à ce que le Premier ministre venait de décrire, on a eu droit à un numéro bon marché de politicien brassant de la mousse.

Quelques mesures ont été annoncées : la mise en place 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 du 3919, la ligne dédiée aux femmes victimes de violences ; celle du bracelet anti-rapprochement ; l’ouverture de mille places d’accueil, même si c’est peu, pour les femmes battues. Est prévu aussi un examen approfondi de personnalité des conjoints violents, pour évaluer leur dangerosité, mais à titre expérimental et dans la seule cour d’appel de Paris. On mettra plus d’intervenants sociaux dans les commissariats, mais au compte-gouttes (80 postes créés d’ici 2021), et ce serait une « révolution » de les doter d’une grille unique d’évaluation du danger… qui existe déjà, soulignent des syndicalistes de la police.

Car Édouard Philippe et Marlène Schiappa s’y entendent à présenter comme nouvelles des dispositions anciennes, telle la formation obligatoire à l’égalité des enseignants ou le document unique de signalisation pour les établissements scolaires.

Même chose pour les financements. « Un milliard, pas des bobards », a-t-on entendu dans les manifestations du 23 novembre. Le chef du gouvernement n’a pas lésiné sur les bobards, à défaut du milliard réclamé. « Les financements sont là », a-t-il osé, prétendant mettre 1,1 milliard sur la table. En fait, plus des trois quarts de cette somme sont déjà affectés à d’autres dépenses.

Une fois écartés les fausses nouveautés et les bobards, il reste 360 millions. Soit une hausse de 5 % sur un an. Choquant et révélateur de cette esbroufe est le nombre des fonctionnaires chargés de la politique d’égalité femmes-hommes et de la lutte contre les violences sexistes. Ils sont 179 en équivalent temps plein. C’est bien peu. Mais l’an prochain, on n’en prévoit que 161 ! C’est là l’électrochoc dont Philippe se gargarise.

Certes, même un milliard ne suffirait pas à mettre un terme à la violence faite aux femmes, qui n’est qu’un des sous-produits barbares d’une société elle-même foncièrement barbare. Car la société capitaliste ne saurait fonctionner sans l’injustice, l’oppression sous toutes ses formes, la violence, dont celles faites aux femmes, et l’exploitation des classes travailleuses. Toutes ces tares effroyables, indignes de l’humanité, ne pourront disparaître qu’avec le renversement de ce système.

Même dans le cadre de celui-ci, pourtant, l’État aurait les moyens d’organiser l’écoute, de donner une aide concrète aux femmes voulant échapper à un enfer domestique, de faire qu’elles se sentent sécurisées, entourées, aidées par la société. Force est de constater qu’il ne le fait que de façon très limitée.

Pierre LAFFITTE