Colombie : manifestations massives contre la droite au pouvoir

27 Novembre 2019

Jeudi 21 novembre, après plusieurs autres pays d’Amérique latine, la Colombie a été marquée par une grève générale et d’énormes manifestations dans les grandes villes du pays.

Les syndicats appelaient ce jour-là à la grève nationale contre des mesures antiouvrières du gouvernement de droite d’Ivan Duque, surnommé Uriduque, parce qu’il poursuit la politique de l’ex-président réactionnaire, Alvaro Uribe.

Ces mesures, un prétendu pacte social pour l’emploi, ont été dictées par le patronat. Elles comprennent la baisse des impôts des grandes entreprises et des multinationales étrangères, et la gestion d’entreprises d’État confiée au privé. Pour ce qui touche directement la population, le salaire minimum des moins de 28 ans est diminué de 25 % et flexible selon les régions ; la privatisation totale du système de retraite est prévue, de même qu’une forte hausse des tarifs de l’électricité.

Les syndicats ouvriers ont été rejoints par les partis d’opposition, les écologistes, les féministes, des organisations étudiantes en lutte depuis des mois pour plus de moyens et contre la précarité, et des organisations des peuples indigènes, victimes de la violence des groupes paramilitaires et de l’État.

Les jours précédant la grève, le gouvernement a fait monter la tension, évoquant un chaos téléguidé de l’étranger. Les frontières ont été fermées ; il y a eu des arrestations et des perquisitions ; l’armée a été placée en état d’alerte. Ce climat de peur entretenue n’a pas empêché des manifestations massives à Bogota et dans les autres grandes villes. Même à Medellin, ville tenue par le parti de Duque, la manifestation a été très forte.

À Bogota, où il y a eu plus de 200 000 manifestants, l’intervention violente de la police antiémeute a entraîné des affrontements, ainsi qu’à Cali, faisant trois morts et des centaines de blessés.

Le lendemain, tandis que les directions syndicales appelaient le gouvernement au dialogue, la mobilisation continuait. Le gouvernement a alors décrété un couvre-feu et déployé des troupes dans la capitale. Les manifestants ont répondu par des concerts de casseroles dans tout le pays, y compris sous les fenêtres de Duque.

Si la Colombie, sous la coupe de l’impérialisme américain, est marquée comme le reste de l’Amérique latine par la pauvreté et de fortes inégalités, les manifestations y sont rares. Le pays a surtout subi la guerre civile opposant armée et paramilitaires d’un côté, guérillas FARC et ELN de l’autre. 250 000 personnes y ont perdu la vie, pour les deux tiers à cause des exactions de l’armée et des paramilitaires, qui frappaient ouvriers, paysans et indigènes, qu’ils soient militants ou pas.

Depuis 2016, les FARC ont rendu les armes mais leur réintégration dans la vie civile butte sur la mauvaise volonté de la droite, qui s’y oppose. Les accords de paix n’ont pas mis fin aux assassinats : deux cents personnes ont été assassinées depuis. Derrière les tueurs, il y a les bénéficiaires : multinationales, groupes miniers, propriétaires fonciers, cartels de la drogue. Ici, des grands propriétaires refusent de rendre des terres volées à des paysans indigènes. Ailleurs, plusieurs jeunes ont été tués par un bombardement de l’armée contre des dissidents des FARC. Cela aussi nourrit la colère des manifestants.

L’opposition de Duque aux accords de paix l’a rendu très impopulaire dans la population. Le pacte pour l’emploi, dans le contexte actuel de mobilisation contre l’austérité dans plusieurs pays voisins, a fait déborder le vase. Ceux qui ont participé aux manifestations en sont très fiers. Les attaques de Duque dénonçant les manifestants « vandales » lui ont été retournées : le terme lui convient bien mieux, ainsi qu’aux possédants qu’il défend !

Antoine FERRER