Brésil : d’où vient la marée noire ?

06 Novembre 2019

Depuis fin août, une marée noire souille les côtes de la région du Nordeste, au Brésil. 2 000 kilomètres de littoral sont touchés : faune, flore, pêche, tourisme sont menacés.

Le fléau atteint maintenant le parc naturel marin d’Abrolhos et ses richesses uniques en coraux, tortues marines et baleines à bosse. D’ici peu il touchera les côtes de Rio de Janeiro. Le pétrole de cette marée, particulièrement lourd et toxique, se déplace sous la mer et n’émerge qu’à proximité des côtes.

Fin juillet, les autorités ont détecté la pollution en mer, mais elles ont attendu plus d’un mois avant de déclencher le plan d’urgence, et un mois de plus avant de mobiliser quelques milliers de soldats. Le président Bolsonaro, ennemi déclaré de la protection de la nature, ne voit dans les ONG écologistes que des terroristes. Son ministre de la Pêche a déclaré qu’il n’y avait pas de problème, les poissons étant « assez malins » pour éviter les nappes de pétrole. Quant à lui, il dit maintenant que la pollution n’est pas près de finir, mais il en profite surtout pour dénoncer Maduro et le régime « communiste » du Venezuela.

L’origine de la marée noire n’est pas certaine, mais le pétrole des galettes trouvées sur les côtes brésiliennes ressemble en effet au brut vénézuélien, actuellement soumis à l’embargo des États-Unis. La marine brésilienne a établi qu’un seul pétrolier a croisé fin juillet au large du Brésil, le Bouboulina, un tanker grec ravitaillant Singapour en pétrole vénézuélien : ce serait lui le coupable. Mais le Bouboulina a bien livré son pétrole à Singapour, et la mer rejette des milliers de tonnes de brut, infiniment plus que ne peuvent en répandre une fuite ou un dégazage de pétrolier.

On s’oriente de plus en plus vers une autre explication : la nappe polluante viendrait d’une fuite sur un forage pétrolier à grande profondeur, au large des côtes brésiliennes. Malgré les accusations de bradage des richesses nationales, les autorités brésiliennes vendent les concessions offshore aux enchères, pour des milliards de dollars, aux Shell, Exxon, Total et Cie. Une sixième série de vente, la troisième de l’année, est prévue pour fin novembre. On comprend que le gouvernement, l’administration et les grands partis répugnent à reconnaître cette origine nationale du pétrole, qui les rendrait indirectement responsables de la marée noire.

On peut se demander si les poissons et les crevettes sont « assez malins » pour éviter la marée noire. Mais il est sûr que Bolsonaro et sa bande sont en train de s’y engluer.

Vincent GELAS