Brésil :étudiants et enseignants dans la rue

22 Mai 2019

Mercredi 15 mai, dans plus de 200 villes du Brésil, dont toutes les capitales d’État, des manifestations se sont déroulées qui, selon les organisateurs, auraient réuni plus d’un million de personnes.

Ce sont principalement des étudiants et des enseignants des universités fédérales qui ont protesté contre les coupes dans leurs budgets et leurs bourses de recherche. Mais les manifestations ont aussi rassemblé de nombreux étudiants d’autres universités, privées ou dépendant des villes ou des États, ainsi que des lycéens, des enseignants de tout niveau et de tout statut et de simples citoyens, tous inquiets.

L’éducation est un sujet qui fait l’unanimité au Brésil, comme la lutte contre la corruption. La réduction temporaire annoncée par le ministre, sous prétexte de baisse des rentrées d’impôts, représente 3,5 % des dépenses concernant l’eau, l’électricité, le matériel et la recherche des 66 universités et 38 instituts fédéraux d’éducation. Même si cela ne touche ni les salaires ni les retraites, c’est à juste titre tout l’enseignement et la recherche qui se sentent visés.

Jair Bolsonaro, président en poste depuis janvier, est en effet obsédé par ce qu’il appelle le « marxisme culturel. » Il est convaincu que professeurs et étudiants sont en majorité de gauche, partisans du Parti des travailleurs et de Lula, donc marxistes. Son rêve est de rogner le plus possible l’enseignement, en particulier les matières pour lui « idéologiques », comme la philosophie, l’histoire ou la sociologie. La dictature militaire (1964-1984), que l’actuel président admire tant, avait transformé la philosophie en « éducation morale et civique » et l’histoire-géographie en « études sociales ». Bolsonaro a confirmé le 24 avril qu’il avait l’intention de supprimer les subventions publiques aux études de sociologie et de philosophie.

Après le succès de la journée du 15, l’Union nationale des étudiants (UNE) annonce de nouvelles manifestations pour le 30. De leur côté, les syndicats ouvriers appellent à une grève le 14 juin contre la réforme des retraites annoncée par le gouvernement. Certains syndicats ont d’ailleurs dénoncé cette réforme dans les cortèges du 15 mai, en particulier à Sao Paulo. Cette réforme va repousser l’âge de départ en retraite et diminuer les pensions. Elle est impopulaire. C’est sans doute pourquoi depuis des années les gouvernements successifs repoussent son adoption.

Comme pendant sa campagne électorale, Bolsonaro multiplie déclarations et tweets réactionnaires. Il a traité les manifestants du 15 mai d’imbéciles manipulés par la gauche.

Mais, en plus de quatre mois, son bilan se limite à deux décrets facilitant le port d’arme. Il se présentait comme le chevalier blanc qui allait terrasser la corruption, et c’est son fils Flavio, sénateur, qui est aujourd’hui soupçonné de corruption et de liens avec les milices paramilitaires de Rio. Même sa majorité parlementaire vacille, une partie de ses alliés du centre-droit contestant sa réforme des retraites.

Que ce président ouvertement réactionnaire, machiste et homophobe soit contesté dans la rue par les étudiants, cela fait à coup sûr plaisir à tous ceux qui ont ressenti son élection comme une défaite pour les idées progressistes et pour le monde du travail.Mais elle était aussi la suite d’un long recul des luttes et de la conscience ouvrières, recul auquel ont contribué les syndicats, les partis et les gouvernements de gauche. C’est ce terrain qu’il faut regagner, non seulement contre les politiciens réactionnaires, mais aussi contre la bourgeoisie, l’individualisme et la soumission qu’elle propage.

Vincent GELAS