France Télécom : un procès instructif22/05/20192019Journal/medias/journalarticle/images/2019/05/P3_Proces_Lombard_France_Telecom_C_LO.jpg.420x236_q85_box-0%2C0%2C800%2C451_crop_detail.jpg

Leur société

France Télécom : un procès instructif

Démarré le 6 mai, le procès pour harcèlement moral de sept anciens dirigeants de France Télécom, dont Didier Lombard le PDG de l’époque, se poursuit devant le tribunal correctionnel de Paris.

Illustration - un procès instructif

Ce procès, qui examine les conditions de mise en œuvre du plan massif de suppressions d’emplois, baptisé le plan Next, est instructif. Il met en lumière les méthodes habituellement cachées des patrons pour supprimer des emplois. Pour accélérer le départ « volontaire » de 22 000 salariés sur 120 000 – un sur cinq ! – Didier Lombard et ses acolytes réunissent un millier de cadres en février 2006 pour leur mettre la pression. « En 2007, je ferai les départs par la porte ou par la fenêtre » ; « La maison est une mère poule, ça ne peut pas durer » ; « Il faut faire vite, faire vite, faire vite » ; « Fini le volontariat un peu mou, c’est la logique business qui domine » ; « On ne va pas faire dans la dentelle » : voilà le discours qu’ils leur tiennent.

Treize ans plus tard, Lombard persiste et signe. Pour lui, il fallait à marche forcée passer de l’époque, jusqu’aux années 1990, où France Télécom était une entreprise publique, « qui avait permis d’ouvrir vingt millions de lignes de téléphone en deux ans et d’amener la fibre dans les grandes villes », à une « entreprise totalement privée, totalement en concurrence ». Au passage, Lombard rend un hommage indirect à la planification sous l’égide de l’État, quand il s’agit de développer des infrastructures indispensables. La privatisation de France Télécom, sous Jospin et la gauche plurielle, illustre comment les capitalistes ont ensuite dépecé les secteurs rentables, sans développer quoi que ce soit. Le chiffre de 22 000 départs a d’ailleurs été fourni par les services financiers, pour faire décoller l’action de France Télécom.

Une médecin du travail a témoigné des conséquences dramatiques des mutations forcées et des mises au placard sur la santé des salariés, provoquant dépressions ou suicides. Quand elle sonne l’alarme auprès d’un directeur des ressources humaines (DRH), celui-ci répond : « Quand on secoue fort un arbre, les fruits trop mûrs ou pourris tombent. » Cynique, l’ancienne DRH du groupe, Brigitte Dumond, a par la suite écrit sur son CV, pour vanter ses compétences : « Objectif sur trois ans : décroissance nette des effectifs 17 000 emplois, dont 16 000 en France. Objectif atteint. » Un document classé confidentiel groupe révèle même que, avec 22 450 départs entre 2006 et 2008, l’objectif a été réalisé à 103 % !

Ni les actionnaires de France Télécom, devenu Orange, les principaux bénéficiaires du plan, ni les dirigeants politiques, en particulier ceux du PS, qui ont organisé la privatisation, ne sont dans le box des accusés. Mais ceux qui y sont n’ont pas volé leur place. Ils n’auraient pas volé non plus une lourde condamnation.

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