Iran : Trump envoie ses canonnières

15 Mai 2019

Depuis le début du mois de mai, le gouvernement américain a enchaîné les déclarations suivies de menaces directes contre l’Iran. Le président Trump a commencé par renforcer l’interdiction de commercer avec ce pays. Depuis le 1er mai, les derniers pays qui avaient encore le droit, selon les États-Unis, d’acheter du pétrole iranien ne le peuvent plus.

L’Iran va donc être de plus en plus à court de devises et aura encore plus de difficultés à acheter sur le marché mondial les produits qui lui manquent. Pour la population iranienne, cela va se traduire par une hausse du chômage, une inflation toujours plus rapide, des privations plus sévères.

L’Iran ayant demandé à l’Union européenne de tenir les engagements pris lors de l’accord sur le nucléaire (dénoncé par les seuls États-Unis) et de l’aider à desserrer un peu l’étau, Trump est monté d’un cran. Invoquant des menaces iraniennes sur des intérêts américains, sans rien citer de précis, il a envoyé le porte-avions Lincoln et sa flotte d’accompagnement vers le golfe Persique ainsi que des bombardiers B-52, ceux qui, selon lui, firent merveille du Vietnam à l’Irak.

Dimanche 12 mai, l’Arabie saoudite et les Émirats annonçaient que quatre navires avaient subi des attaques et un sabotage dans le Golfe. L’affaire semble minime, mais l’exploitation politique a été immédiate, les alliés des États-Unis laissant entendre que l’Iran était impliqué. Le gouvernement américain a encore augmenté la pression en envoyant un nouveau bâtiment de guerre, avec cette fois-ci des Marines prêts à débarquer. Il lui a adjoint une batterie de missiles antimissiles et a laissé entendre qu’il avait 120 000 hommes sur le pied de guerre, prêts à partir à tout moment.

De la part de Trump, il ne s’agit pas seulement de rodomontades. Depuis le début de son mandat, il a fait de l’Iran un épouvantail bien pratique. Pour la droite américaine, attaquer ce pays, c’est épouser la querelle de la droite israélienne et les thèses des chrétiens intégristes. C’est aussi, en attaquant un régime islamiste, se dédouaner de l’alliance avec l’Arabie saoudite, dictature encore plus rétrograde que celle des mollahs. C’est encore servir les intérêts à court terme des pétroliers saoudiens et américains, qui se disent capables de fournir le brut que l’Iran ne pourra plus vendre. Mais c’est surtout affirmer, par les armes s’il le faut, que les États-Unis restent le gendarme du monde et qu’aucun pays ne peut lui résister, ni la Corée du Nord, ni le Venezuela, ni l’Iran, ni demain la Chine. Enfin, mobiliser contre l’Iran, c’est justifier la course aux armements et les profits qu’elle alimente.

Le chœur des démocraties impérialistes, représenté par la réunion des ministres des Affaires étrangères européens du lundi 13 mai, s’est borné à conseiller à l’Iran de plier le genou. Tout au plus ces gens s’inquiètent-ils d’une guerre qui pourrait arriver « par accident ». En fait d’accident, il serait bien préparé par l’impérialisme américain et sa politique de la canonnière.

Paul GALOIS