Enseignement : la mobilisation grandit

03 Avril 2019

Samedi 30 mars, d’après le ministère de l’Intérieur, il y avait 36 000 manifestants dans le pays, dont 6 500 à Paris, contre la loi Blanquer. Le mécontentement est profond dans l’Éducation nationale où, sous couvert de réformes, le ministre supprime des postes à tous les échelons.

Dans le primaire, les enseignants et les parents se sont particulièrement mobilisés. Outre les suppressions de classes, un amendement passé en catimini a provoqué la colère. Il s’agit de créer des « établissements publics des savoirs fondamentaux », dont l’objectif sera de rassembler un collège et plusieurs écoles du même secteur, sous la direction du principal de collège. À terme, cela revient à enlever à nombre de directeurs d’école leurs décharges. Ainsi ils n’auront plus le temps de recevoir les parents et de régler des problèmes administratifs. Face à la colère, Blanquer a prétendu que rien n’était obligatoire et que cela se ferait avec le consentement des équipes. Mais cela ne trompe personne. Car dans le même temps le préambule du texte sur « l’école de la confiance » rappelle « l’engagement et l’exemplarité » des fonctionnaires. Dans la manifestation, certains slogans résumaient cette demande par « Sois prof et tais-toi ! »

Même ce qui peut apparaître comme un progrès, comme l’école obligatoire à trois ans, est en fait vécu comme une nouvelle injustice : cette nouvelle disposition oblige en effet les municipalités à accroître leurs subventions aux écoles privées, alors que nombre d’entre elles manquent d’argent pour rénover les écoles publiques, voire pour en construire de nouvelles. Des pancartes dénonçaient « Blanquer, ministre de l’éducation privée et de la jeunesse friquée ».

Dans les collèges et les lycées, les moyens horaires sont encore en baisse cette année. Cela se traduit par plus d’élèves par classe, moins de dédoublements, moins d’heures pour aider les élèves ou faire des projets adaptés. La réforme du lycée et du lycée professionnel supprime également de nombreuses heures d’enseignement général.

Ainsi 2 650 postes vont disparaître dès la rentrée prochaine, un immense plan de suppressions d’emplois. Pour le mener à terme, non seulement la précarité augmente dans l’Éducation nationale, mais le ministre veut imposer plus d’heures supplémentaires aux enseignants, alors que le chômage augmente et que les conditions d’enseignement et d’apprentissage sont de plus en plus difficiles. Des enseignants obligés de faire plus d’heures, d’autres obligés de naviguer entre trois établissements différents, des enseignants contractuels, des assistants d’éducation eux aussi précaires, des vacataires : tout cela contribue fortement à diminuer le nombre d’adultes dans les établissements scolaires et donc à aggraver encore la situation des élèves, surtout dans les quartiers populaires.

Dans de nombreux endroits, les enseignants se mobilisent et cherchent à entraîner leurs collègues, pour créer, malgré des organisations syndicales bien peu déterminées, un véritable rapport de force contre ce ministre dont l’horizon se limite à faire des économies sur le dos des jeunes.

Aline URBAIN