Grand débat : diversion à grand débit

17 Janvier 2019

Après avoir fait usage sans succès de gaz lacrymogènes jusqu’au 12 janvier contre les manifestations de gilets jaunes, Macron et le gouvernement espèrent envoyer des gaz anesthésiants suffisamment puissants avec la « lettre aux Français » et le coup d’envoi du grand débat national.

Les foules n’ont pas dévoré la prose élyséenne. On verra si les réunions du grand débat trouvent leur public. Pour l’heure, Macron s’est déplacé dans la commune de Grand-Bourgtheroulde pour lancer son opération de déminage, accompagné par douze pelotons de gendarmerie – plus d’un millier d’hommes dans une commune de 3 800 habitants –, marque indiscutable d’une volonté de dialogue serein !

Les médias complaisants se sont emparés de la lettre et du grand débat, parlant d’un processus inédit et saluant sans rire l’audace de Macron, comme si son gouvernement et lui n’étaient pas à la recherche d’un tour de passe-passe pour sortir de la crise politique. En fait, cette fameuse lettre, quand on a la patience de la lire, est une nouvelle provocation pour un chômeur, un retraité, un travailleur payé au smic, et pour les gilets jaunes mobilisés pour leur pouvoir d’achat et leurs conditions de vie quotidienne.

Passé le poncif obligatoire sur « la France, une des nations les plus égalitaires, fraternelles, et libres », Macron annonce qu’après le grand débat, rien ne sera décidé qui remettrait en cause les choix de son gouvernement. Bien sûr, il y a le refus de rétablir l’ISF mais, par exemple, Macron propose pour la énième fois comme seul remède au chômage de donner aux entreprises « les moyens de se développer ». Cela veut dire : arroser les grosses entreprises d’argent public et leur garantir une main-d’œuvre la plus flexible possible. Si l’on trouve le mot salaire dans la lettre, il n’y a évidemment rien de plus que les miettes annoncées il y a un mois à la télévision.

Macron annonce à l’avance qu’il n’y aura dans sa politique aucun tournant qui prendrait en compte ce qu’expriment des gilets jaunes sur la pénurie en services publics. Vous voulez que l’on baisse des impôts ? Dites-nous dans quels services publics nous devons sabrer ! C’est ce que fait déjà le gouvernement et, dans sa lettre, Macron invite à réfléchir à ce dont la population peut se passer.

En plus de faire semblant de répondre aux attentes populaires, cette lettre incite à mettre en avant la question de l’immigration et des migrants. La diversion est grossière et dangereuse, mais Macron l’utilise délibérément, comme les politiciens d’extrême droite qu’il prétend combattre.

Alors, la meilleure réponse à cette lettre et au grand débat national serait que la colère contre les conditions de vie continue de s’exprimer dans les rues et qu’elle entraîne, au-delà des gilets jaunes, une contestation dans les entreprises, là où il serait décisif de se battre pour les salaires et l’emploi.

Boris SAVIN