Aquarius : les migrants victimes d’une politique ignoble

13 Juin 2018

Après avoir été secourus par l’Aquarius au large des côtes libyennes dans la nuit du 9 juin, 629 migrants sont restés sur le navire de Médecins sans frontières pendant plusieurs jours sans savoir où ils allaient échouer. Salvini, le ministre de l’Intérieur italien, avait en effet interdit au bateau l’accès aux ports du pays.

Pour Salvini, dirigeant du parti d’extrême droite La Ligue, il s’agit de mettre en scène ses premiers actes de ministre, capable de « fermer les ports », représentant « l’Italie qui dit non » et osant dénoncer l’action des ONG comme un « business de l’immigration ». Il se veut encore plus intransigeant et radical contre les migrants que son prédécesseur, Minniti. Celui-ci, pourtant membre du Parti démocrate de centre-gauche, avait passé des accords avec les représentants des autorités de la Libye, mais aussi avec les bandes armées mafieuses qui se partagent le pouvoir dans ce pays, pour diminuer le flux de migrants parvenant en Italie.

Salvini ne fait pas autre chose, en y ajoutant des propos xénophobes et des coups d’éclat comme celui contre l’Aquarius, susceptibles de plaire à l’électorat de son parti, plus ouvertement raciste. Il peut d’autant plus jouer sur le registre nationaliste et déclarer que son pays refusera désormais de courber l’échine, que les membres de l’Union européenne, y compris les plus riches, laissent l’Italie gérer seule l’afflux de migrants sur ses côtes.

Le gouvernement français, qui s’était engagé à accueillir 19 700 migrants – nombre ridiculement faible – n’en a même pas accueilli le tiers ! Avec son arsenal répressif encore plus dur contre les migrants et ceux qui les aident, ses forces de police déployées pour fermer le plus hermétiquement possible le passage des Alpes, Macron a encore le culot de donner des leçons de vertu. Il a accusé le gouvernement italien de mener une politique « cynique et irresponsable ».

Malte, interpellé par Salvini car étant le territoire le plus proche du navire avec l’Italie, a refusé de prendre en charge les passagers de l’Aquarius. Les autorités de l’île ont fait valoir que, le sauvetage ayant eu lieu dans les eaux territoriales libyennes, ils dépendaient juridiquement de l’Italie. Macron, lui, a assuré que l’Aquarius aurait pu accoster en France… si seulement il avait été plus près de ses côtes ! Le dirigeant nationaliste de l’Assemblée de Corse, Simeoni, l’avait pris de vitesse, en proposant que le navire accoste dans un des ports de l’île. Il aura au moins eu l’honnêteté de reconnaître, dans ce concert d’hypocrisie, qu’il était autant motivé par des considérations humanitaires que politiques, voulant montrer que la Corse jouait un rôle indépendant en Méditerranée. Après quoi la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, a encore trouvé le moyen de dire, au mépris de la géographie, que les côtes espagnoles étaient plus proches pour l’Aquarius que les côtes françaises !

Finalement, le gouvernement espagnol fraîchement nommé ayant proposé d’accueillir les migrants à Valence, le gouvernement italien a consenti à ravitailler l’Aquarius et à envoyer deux de ses navires garde-côtes pour répartir les passagers et leur permettre d’affronter ces quatre jours supplémentaires de mer dans des conditions un peu moins précaires.

Parmi les dirigeants de la riche Europe, dont la politique impérialiste est à l’origine des conflits et de la misère que fuient ces migrants, l’indécence d’un Macron le dispute à la bassesse d’un Salvini. Les premiers à en faire les frais sont bien sûr les centaines de migrants parqués sur l’Aquarius. Paniqués à l’idée d’être renvoyés vers la Libye et ses camps de concentration, où le travail forcé et la torture font partie du quotidien, certains des passagers ont menacé de se jeter à l’eau.

Créées et multipliées par la barbarie et le chaos que l’impérialisme engendre sur toute la planète, les centaines de milliers de personnes contraintes à l’exil ne sont pas un fardeau insurmontable pour l’Europe. Forte de ses 500 millions d’habitants, concentrant une bonne partie des richesses de la planète, celle-ci pourrait les accueillir sans drame ni crise. Les dirigeants des puissances européennes s’y refusent, préférant céder à la pression raciste et xénophobe et voulant se montrer implacables envers les plus désespérés.

Nadia CANTALE