Macron et les évêques : les voix du Seigneur

11 Avril 2018

Invité à sa demande à la conférence des évêques de France, Macron est parti à la pêche aux hommes, comme paraît-il Jésus le recommanda à ses disciples. Pour ce politicien prosaïque, elle se résume à la pêche aux voix.

Le président a donc délivré un discours propre à séduire la hiérarchie catholique et, derrière elle, ceux qu’elle influence. Vocabulaire théologique, références aux auteurs chéris des universités catholiques, tournures de messe du dimanche, Macron a embarqué Jeanne d’Arc, de Gaulle, Mauriac et le gendarme Beltrame dans sa galère. Qui sait si, au moment suprême, l’on meurt pour sa foi ou pour la république, s’est-il demandé ? Et qui sait si, passant de la messe à l’isoloir au suprême dimanche, le bon catholique choisira le bulletin LREM ?

Pour gagner son auditoire, Macron s’est autorisé quelques accommodements avec la vérité historique, avançant même que les catholiques auraient construit la république. Il y a certes eu des catholiques républicains, comme il y a peut-être des vampires végétariens. Mais l’Église catholique, en tant qu’institution, a été autant que possible antirépublicaine, bénissant les armées royalistes et les contre-révolutionnaires de tout poil, ourdissant des complots monarchistes, entravant l’école publique, etc. Ce n’est que récemment et de mauvais gré qu’elle s’est déclarée républicaine. En tant qu’institution, elle a été et reste farouchement opposée au mouvement ouvrier, ce qui est certes un motif de rapprochement avec la république, qui l’est par fonction et de naissance.

Macron a évidemment parsemé son discours d’allusions aux autres religions, aux athées, au fait que l’État se dit garant de la laïcité, répétant tous les poncifs laïcs politiquement corrects. Mais il a affirmé vouloir « renouer le lien en­tre l’État et l’Église », qu’on croyait rompu depuis 1905, et il a demandé aux catholiques d’intervenir dans la vie publique au nom de leur foi, parée de toutes les beautés de la recherche de l’absolu.

La manœuvre politicienne marchera ou non. Comme Macron l’a souligné lui-même, on trouve nombre de catholiques revendiqués parmi les bénévoles des Restos du cœur, les militants qui travaillent aux côtés des migrants et bien d’autres associations. Il n’est pas dit que ces catholiques-là se laissent aussi facilement séduire que des évêques par les discours d’un président qui chasse les migrants, organise la casse sociale et comble les riches de cadeaux.

Il reste que Macron aura délibérément fait sa propagande sur le terrain pourri du discours communautariste, au sens propre du terme. Il s’est adressé à un public défini par son appartenance religieuse, au nom de cette appartenance et pour lui demander d’agir en vertu de cette foi. C’est un indice et une contribution de plus à la régression politique en œuvre.

L’« absolu » au nom duquel Macron demande aux catholiques de s’engager derrière lui a, quoi qu’il en dise, une vieille odeur de fagot, d’oppression des femmes, d’obscurs préjugés et de résignation devant le pouvoir des puissants.

Paul GALOIS