Guadeloupe : les travailleurs de la banane ont gagné !

05 Juillet 2017

En Guadeloupe, après 42 jours de grève, les ouvriers de la banane ont fait céder les patrons. Mercredi 28 juin, ces derniers ont accepté le remboursement des sommes qu’ils volaient en fait aux travailleurs sous forme de jours fériés, d’heures supplémentaires et autres.

Le comité de grève avait déjà obtenu qu’un calcul soit effectué sur trois ans pour chaque travailleur. Pour certains, cela se monte à plusieurs milliers d’euros. Les patrons ont aussi fini par accepter le paiement des jours de grève et une première somme de 700 euros a été versée aux travailleurs le lundi 3 juillet.

Des dispositions ont été précisées pour prendre en compte et soulager les conditions de travail abominables dans la banane. Ce ne sera pas totalement gagné dans les faits mais il est sûr que rien ne sera maintenant comme avant.

C’est donc une réelle victoire des travailleurs et de leur comité de grève, soutenus par la CGTG.

Si les patrons de la banane ont fini par céder c’est parce qu’ils ont été vraiment touchés là où cela leur fait plus mal : au porte-monnaie. Les bananes n’étaient plus exportées en nombre suffisant. Elles pourrissaient sur pied ou alors dans les conteneurs qui ne pouvaient partir. Vingt plantations étaient en grève et le nombre de non-grévistes n’était pas suffisant pour assurer la coupe, le transport et l’exportation des bananes. Les patrons, qui au début, prétendaient qu’il n’y avait pas grève ont fini par reconnaître celle-ci officiellement.

C’est la grève marchante, tous les matins, qui a fait gagner les travailleurs. Entre 150 et 250 d’entre eux se sont retrouvés tous les matins dès 5 heures pour aller sur les plantations parler aux non-grévistes et, à chaque fois, ils étaient rejoints par quelques-uns. Une des actions les plus payantes fut de faire tomber le patron des patrons de la banane : le président du « Synproban » (Syndicat des producteurs de banane) Francis Lignières. Arrivée jusqu’à sa plantation sur les hauteurs de Baillif, la grève marchante est parvenue en plusieurs étapes à mettre plus de travailleurs en grève. Ils ont campé au moins deux nuits sur les lieux. La plantation était bloquée. Ce fut l’action décisive.

Le troisième et dernier jour des négociations, près de 400 travailleurs sont venus soutenir leur délégation. À son retour et à la lecture du protocole d’accord, ce fut l’enthousiasme et les travailleurs portèrent en triomphe notre camarade Jean-Marie Nomertin, le leader de la grève. Le jeudi 29 juin au soir, un meeting des grévistes s’est déroulé dans l’enthousiasme à Capesterre-Belle-Eau.

La détermination sans faille des grévistes aura donc payé. Mais tous sont conscients qu’il faudra maintenant un suivi très serré des accords signés. Déjà, le lendemain de la grève, plusieurs dizaines de travailleurs ont dû se rendre sur certaines plantations où les patrons avaient menacé quelques travailleurs de licenciement. Ils les ont fait revenir sur ces menaces.

Lundi 3 juillet, la majorité des patrons ont versé les 700 euros ou une première partie. Un patron, un des plus répressifs, a refusé de payer. Mais les travailleurs pensent qu’il n’aura pas le choix et sont confiants. Mis sous surveillance renforcée, il paiera sous leur pression.

De nouvelles réunions sont nécessaires et prévues dans les jours qui viennent pour contrôler l’application des accords.

Pierre JEAN-CHRISTOPHE