Élections syndicales : la force de la classe ouvrière est dans les luttes

05 Avril 2017

La CFDT serait désormais la première organisation syndicale dans le privé, passant devant la CGT. C’est du moins ce que dit le Haut conseil du dialogue social, qui a compilé les résultats de diverses élections professionnelles dans les entreprises depuis 2013. La CFDT aurait recueilli 26,38 % des suffrages, la CGT 24,86 %.

Laurent Berger, le dirigeant de la CFDT, salue un résultat « historique ». Le président de la CFTC, en progrès elle aussi, explique : « La confiance se porte vers les syndicats qui négocient. » Des journalistes complaisants qualifient l’événement de séisme ou de tremblement de terre. Pensez donc : les syndicats « réformistes », autrement dit ceux qui veulent être les auxiliaires et la voix des patrons et du gouvernement, auraient vaincu les contestataires que seraient la CGT et FO.

Certes, la CGT a perdu des voix. Mais au cours de ces quatre années, si le taux de participation aux élections recensées a été de 62,63 % cela ne touche au total qu’une minorité des entreprises : celles où se sont tenues des élections professionnelles. Car, sur 13 millions de salariés du privé, 5,6 millions seulement ont pu voter.

Mais il ne s’agit là que d’élections, qui donnent de la réalité une image bien déformée. Chaque travailleur se retrouve alors isolé, à la merci des illusions sur le dialogue social, sur les négociations, sans parler des pressions patronales qui peuvent être très fortes. Et que dire du choix que proposent les élections ? Même la volonté de collaboration de classes que la CFDT affiche ne vaut pas forcément pour toutes ses sections ni pour tous ses électeurs. Quant au prétendu radicalisme de la CGT, il mériterait bien des rectificatifs et des nuances.

Ce n’est pas le rapport entre confédérations syndicales, dans les urnes, qui mesure le rapport de force qui compte, le rapport de force entre l’ensemble de la classe ouvrière et la bourgeoisie. Ainsi, au printemps 2016, la quasi-unanimité des travailleurs s’affirmait contre la loi travail, que défendait la CFDT, même si cela ne s’est pas traduit dans les votes.

Quels que soient les résultats des élections professionnelles, l’opinion des travailleurs change radicalement quand ils se relèvent et décident de ne plus accepter les diktats patronaux. Car c’est alors, et alors seulement, qu’ils prennent conscience de leur force et qu’ils sont capables de bousculer les choses, en jetant par-dessus bord les concessions acceptées par des syndicats, fussent-ils majoritaires, dans le cadre du prétendu dialogue social.

Vincent GELAS