Burundi : répression sur les quartiers populaires

16 Décembre 2015

Vendredi 11 décembre, plusieurs quartiers de Bujumbura, la capitale du Burundi, ont été le lieu de massacres perpétrés par la police. On compte au moins 90 morts, et sans doute beaucoup plus.

La situation au Burundi a commencé à se dégrader en avril dernier, lorsque Pierre Nkurunziza, qui dirige ce petit pays du centre de l’Afrique, a annoncé son intention de briguer un troisième mandat. Des manifestations pacifiques ont alors réuni toute une partie de la population qui ne voulait à aucun prix le voir rester au pouvoir. Le dictateur y a répondu par une répression sauvage visant non seulement les opposants, mais des quartiers entiers qualifiés de rebelles. Depuis, les exactions n’ont cessé de s’amplifier.

En mai dernier, le coup d’État manqué de quelques chefs militaires avait servi de prétexte à la police et aux bandes de jeunes voyous du régime pour mettre à sac ces quartiers et assassiner leurs habitants. Cette fois, c’est l’attaque de plusieurs cantonnements militaires par des rebelles qui a déclenché le bain de sang. Les policiers ont défoncé les portes des habitations, tiré dehors les habitants, et les ont rassemblés dans la rue pour les exécuter. Ils en ont emmené d’autres, parfois des mineurs, dans les prisons où ils sont parqués dans les cours et subissent des tortures. Depuis ce jour, les rafles sont quotidiennes et la population vit dans la terreur.

200 000 Burundais se sont déjà enfuis à l’étranger où ils vivent dans des camps, au Rwanda, en Tanzanie, en Ouganda ou en République démocratique du Congo, et l’exode ne cesse de s’amplifier.

Le Burundi a connu de longues années de guerre civile, et ses habitants en craignent le retour. De 1972 à 2005, ces conflits mirent aux prises les deux principaux peuples du pays, Hutu et Tutsi. En les opposants systématiquement pour mieux régner, le colonisateur belge avait jeté les germes de ces affrontements qui firent plusieurs centaines de milliers de morts, comme ils le firent aussi au Rwanda voisin. Pierre Nkurunziza est le dirigeant d’une guérilla hutu sorti vainqueur de ces conflits, et si après son accession au pouvoir le Burundi connut une décennie de paix, ce fut aussi la période où son clan accapara toutes les ressources du Burundi, mettant la main sur ses rares entreprises et détournant l’aide internationale. Il instaura un régime de terreur grâce à sa police politique et aux milices de jeunes de son parti, les Imbonérakure.

Aujourd’hui, les grandes puissances font mine de s’inquiéter de la répression. Le Conseil de sécurité de l’ONU somme Nkurunziza de rencontrer l’opposition. Un dictateur africain en tout point semblable, le président ougandais Museveni, est mandaté pour jouer les médiateurs. Mais il n’y a pas grand-chose à attendre de ces gens qui ont été les alliés de Nkurunziza. Hollande, trop content que les troupes burundaises soient intervenues aux côtés de l’armée française en Centrafrique et au Mali, ne se manifeste aujourd’hui que pour tenter de prendre ses distances au moment où ce même régime qui l’a aidé se lance dans des massacres. Il est pourtant impliqué, du fait de sa complicité avec le régime, au même titre que son prédécesseur Mitterrand dans les massacres du Rwanda voisin en 1994.

Daniel MESCLA