Grande-Bretagne - Baisse des taux d'intérêt : un leurre pour la population laborieuse

03 Décembre 2008

Avec une baisse record de 1,5 % annoncée début novembre, le taux directeur de la Banque d'Angleterre est tombé à 3 %, son plus bas niveau depuis 1954. Reste à savoir si, après les 450 milliards de livres de fonds publics dont ont été arrosés les banquiers fauteurs de crise, cette mesure va bénéficier à la population laborieuse, comme l'a prétendu la classe politique alignée unanimement derrière le sauvetage du système financier par le gouvernement travailliste.

Or c'est un leurre. Car seuls 10 % des prêts hypothécaires au logement sont indexés sur le taux directeur de la Banque d'Angleterre. Qui plus est, dans les jours qui ont précédé l'annonce de cette dernière baisse, dont les milieux financiers savaient qu'elle serait importante, toutes les banques ont retiré du marché ce type de prêts.

Les conditions de remboursement de l'écrasante majorité des prêts hypothécaires, en particulier ceux contractés par les familles ouvrières, sont définies pour des périodes assez courtes, deux ou trois ans, à l'issue desquelles les banques font de nouvelles « offres », plus ou moins favorables suivant les conditions du marché. Entre deux « offres », les taux sont en général fixes et ne bénéficient donc pas des variations du taux directeur de la banque centrale.

Pendant le boom spéculatif, les taux « offerts » par les banques étaient déjà moins favorables pour les logements ouvriers, dont la valeur montait moins vite que ceux des quartiers riches. C'est encore plus vrai aujourd'hui, où la baisse des prix de l'immobilier est bien plus rapide dans les quartiers ouvriers.

De toute façon, les taux d'intérêt réels restent à la discrétion des banques, qui s'entendent pour maintenir leurs profits. De sorte que, même après la baisse du taux directeur, les meilleurs taux offerts, et seulement pour des logements haut de gamme, tournent autour de 6 %, et encore sous réserve d'un apport minimum de 15 %. Quant aux rééchelonnements de prêts, qui constituaient pour la plupart des familles ouvrières la seule façon de s'en sortir, ils ont tout simplement disparu.

Ce qui est vrai des prêts hypothécaires l'est encore plus des cartes de crédit, seconde source de l'endettement colossal des travailleurs. Loin de baisser, les taux d'intérêt ont augmenté, pour dépasser les 15 % en moyenne. Or c'est de l'usage de ces cartes que dépendent les dépenses quotidiennes de l'écrasante majorité des foyers.

Pendant plus de vingt ans, le taux directeur de la Banque d'Angleterre a été l'un des plus élevés des pays industrialisés, ceci afin d'attirer les capitaux spéculatifs étrangers qui faisaient vivre le capital financier britannique de la City et alimentaient la bulle spéculative de l'immobilier. Pendant toutes ces années, les banques ont fait payer la note à la population laborieuse en lui imposant un endettement de plus en plus insupportable. Et aujourd'hui que ce taux directeur baisse enfin, les seuls bénéficiaires en sont les banques elles-mêmes, grâce à la baisse qui en résulte pour le coût du refinancement de leurs prêts, et les plus grandes entreprises qui empruntent directement sur le marché de l'argent.

Evidemment, il aurait pu en être autrement si le gouvernement travailliste s'était servi du poids acquis sur le système bancaire grâce au contrôle qu'il détient sur le capital de quatre des plus grandes banques anglaises. Au lieu de cela, c'est l'une de ces banques, Northern Rock, qui détient le record des expulsions, tandis que cette même banque et une autre, RBS, détiennent celui des licenciements. Comme ne cesse de le répéter, avec toute la servilité qui convient, le ministre des Finances Alistair Darling, les travaillistes entendent ne « pas interférer avec la vocation commerciale de ces banques, ni peser sur leurs décisions ». On ne peut être plus clair !

Quant aux leaders syndicaux, ils distribuent des bons points au « sauveur » du parasitisme financier qu'est Gordon Brown, comme l'a fait le leader de la centrale TUC, Brendan Barber, dans une tribune récente du journal financier Financial Times, dans laquelle il se félicitait de la baisse du taux directeur de la Banque d'Angleterre, sans même éprouver le besoin d'exprimer son opposition à la montée massive des vagues de licenciements !

Décidément, en Grande-Bretagne comme ailleurs, la classe ouvrière n'a rien à attendre des directions politiques ou syndicales qui prétendent défendre ses intérêts.

François ROULEAU