Nathalie Arthaud, dimanche 20 mai : “Il faut un nouveau Mai-Juin 1968”23/05/20182018Journal/medias/journalnumero/images/2018/05/2599.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

La Fête de Lutte Ouvrière

Nathalie Arthaud, dimanche 20 mai : “Il faut un nouveau Mai-Juin 1968”

Il y a exactement 50 ans, en mai 1968, le pays était plongé dans la grève générale. Depuis le 3 mai, la révolte étudiante se déployait au Quartier latin à coups de pavés et d’occupations. Le 13 mai, face à l’indignation générale provoquée par la répression policière, la CGT, l’UNEF et la CFDT appelèrent à une journée de grève et de manifestation. Ce fut un raz de marée.

Dès le lendemain, sans qu’il y ait d’appel, la grève fut reconduite dans une entreprise, le surlendemain dans deux, puis ce fut une traînée de poudre. Incapable d’arrêter la contagion, la CGT dominante dans la classe ouvrière décida de prendre la tête de la vague gréviste, pour la contrôler. Quasiment toutes les entreprises furent mises à l’arrêt. [...]

La jeunesse étudiante fut le déclencheur des événements et son inspiratrice politique.[…] Mais c’est l’entrée en lutte de la classe ouvrière qui fit basculer la situation, déstabilisa le régime et fit peur à la bourgeoisie. Car, contrairement aux étudiants, la classe ouvrière est au coeur de la production, ce qui lui donne les moyens de passer des paroles aux actes. Si elle en a la volonté consciente, ce qui ne fut pas le cas en 1968, oui, la classe ouvrière a la capacité de refaire le monde. Et c’est vrai encore aujourd’hui.

La classe ouvrière, les exploités, représente une force sociale qui n’a pas intérêt à la perpétuation de ce système. Les prolétaires n’ont, disait Marx, que leurs chaînes à perdre. […] Aucune autre force sociale ne recèle cette force révolutionnaire et cette capacité de transformer et de reconstruire une autre société.

Alors, en 1968, quand la grève générale s’installa avec cette ébullition d’idées révolutionnaires parmi la jeunesse, le régime gaulliste n’eut plus qu’une idée en tête : trouver le moyen d’éteindre l’incendie.

Et, comme en 1936, il se hâta de mettre le patronat et les organisations syndicales autour d’une table pour voir comment remettre la classe ouvrière au travail. En un rien de temps, gouvernement et patronat lâchèrent les augmentations de salaire dont ils n’avaient cessé de dire qu’elles étaient impossibles. Ils cédèrent de nouveaux droits syndicaux et furent forcés, dans bien des entreprises, à réduire le temps de travail.

Pour bien des travailleurs, ces avancées étaient modestes et pas du tout à la hauteur des espérances qu’avait suscitées la grève. Mais en Mai-Juin 68 la classe ouvrière fit une fois de plus la démonstration de sa force. Elle fit la preuve qu’elle était capable de faire reculer un pouvoir aussi solidement établi que celui de De Gaulle.

Pour nous, qui sommes convaincus que le monde ouvrier a les moyens de prendre en main la société et de la diriger, c’est quelque chose de formidable. Et avec tous ceux qui ne supportent plus la situation et souhaitent une nouvelle explosion sociale, nous affirmons que, oui, il faut un nouveau Mai-Juin 1968 !

Vive la grève des cheminots

Macron et le patronat connaissent actuellement leur premier retour de bâton. Et on le doit aux cheminots qui se sont lancés dans la grève. Ils y ont été forcés par Macron qui, sûr de lui et comme pour prouver sa toute-puissance, les a attaqués frontalement. Depuis le 3 avril, les cheminots enchaînent les journées de grève. Ils se battent dans le cadre du calendrier choisi par la CGT, avec des temps forts comme la journée sans cheminots du 14 mai qui a, une fois de plus, montré le rejet massif de cette réforme par les cheminots. Ce n’est pas une grève explosive, mais il n’y a que ceux qui ne prennent pas le train qui perçoivent une amélioration dans la circulation !

Car la grève reste massive et déterminée. Les cheminots tiennent tête au gouvernement et ils ont raison.

Ils se battent pour leurs conditions de travail et leurs salaires ; pour que les jeunes qui seront embauchés demain à la SNCF ne soient pas plus précaires et plus mal payés. Ils se battent parce qu’ils ne veulent pas devenir des pions ballottés au gré des appels d’offres capitalistes. Et ils ont mille fois raison parce que, dans cette société où l’argent dégouline à un pôle de la société, ni les cheminots ni aucun travailleur n’ont à accepter de reculer !

Par sa durée, cette grève est devenue un fait politique et elle modifie le climat social. La campagne contre les « cheminots privilégiés » a fait long feu. En dépit des efforts déployés par le gouvernement et les voix de son maître, nombre de travailleurs comprennent cette grève, expriment leur sympathie et leur soutien. Étant tous également attaqués et méprisés par ce gouvernement, nous pouvons tous nous y reconnaître.

Et ce d’autant plus qu’elle n’a rien de corporatiste, ni dans ses objectifs, ni dans la façon dont elle se mène. On a vu des AG de cheminots ouvertes à des hospitaliers, des salariés de Carrefour, de Vélib’, d’EDF, d’Air France ou encore à des étudiants. Des équipes cheminotes sont allées diffuser des tracts aux portes des entreprises voisines, qu’elles soient du public ou du privé. Les cheminots se sont joints et ont renforcé toutes les manifestations qui se présentaient à eux.

Je suppose que tous ceux qui ont vécu 1968 et ont vu les appareils bureaucratiques du PCF et de la CGT mettre un cordon sanitaire non seulement pour empêcher les étudiants de discuter avec les ouvriers, mais aussi pour réduire les contacts entre entreprises, apprécient cette attitude à sa juste valeur !

Alors j’en profite pour rendre hommage à ces cheminots qui ont le désir de s’adresser aux travailleurs des autres secteurs, non seulement pour trouver du soutien et de la solidarité, mais avec la conviction que nous sommes tous des travailleurs confrontés aux mêmes attaques patronales et que nous devons nous battre ensemble, qu’on soit du privé ou du public, en CDI, sous statut ou en CDD.

En agissant ainsi, ils font progresser la conscience de classe. Et cette grève qui dure fait redécouvrir aux travailleurs la force de l’action collective et elle les conforte dans leurs revendications, de façon bien plus large et plus profonde que n’importe quel discours militant.

[…] Parce que, oui, la prise de conscience de classe est quelque chose d’impercept ible. Cela se passe dans les têtes, ce sont des évolutions qui ne sont pas forcément comptabilisables en nombre de manifestants et de grévistes.

Mais ce que l’on peut dire aujourd’hui, c’est que la conscience du combat à mener mûrit dans la tête de nombreux travailleurs. Et la grève des cheminots y est pour beaucoup !

Alors leur combat continue, mais cela fait déjà partie de ce qu’ils ont gagné. Alors vive la grève des cheminots !

Manifestons nombreux le 26 mai

Depuis deux mois, le mécontentement des travai lleurs a pu se faire entendre dans les nombreuses manifestations syndicales qui se sont succédé, et c’est une bonne chose. Après-demain, mardi 22, tous les syndicats de la fonction publique appellent à une nouvelle journée de grève et de manifestation pour s’opposer à la suppression de 120 000 postes et au plan gouvernemental qui vise à multiplier les emplois précaires dans l’emploi public. Nous appelons à répondre le plus nombreux possible à cet appel.

Il y a aussi une manifestation prévue le samedi 26 mai. Celle-ci a un caractère particulier puisque c’est une manifestation organisée par des organisations politiques qui se revendiquent de la gauche, par des associations et des syndicats, dont la CGT.

Lutte ouvrière appel le aussi à cette manifestation du 26 mai, par solidarité avec tous ceux qui, parmi les travailleurs, veulent exprimer leur hostilité à ce pouvoir dévoué aux riches parasites et méprisant à l’égard de ceux qui, par leur travail, font vivre la société. Et nous demandons à tous ceux qui, dans le monde du travail, nous font confiance de participer nombreux à cette manifestation. Tout en oeuvrant pour le succès de cette manifestation, nous ne signons pas l’appel unitaire, car nous rejetons l’opération politique qui se dessine et nous appelons les travailleurs à la méfiance.

L’alternative que cet te opération construit est une nouvelle mouture de l’Union de la gauche de l’époque Mitterrand et de la Gauche plurielle du temps de Jospin.

Les travailleurs et les militants ouvriers se souviennent amèrement de ces tentatives, qui ont soulevé un temps leur enthousiasme et qui se sont plus ou moins rapidement transformées en déception, voire en désespoir. Ceux qui l’ont vécu ont peut-être encore en tête comment, pour être élu, Mitterrand assénait « Celui qui n’accepte pas la rupture avec le capitalisme ne peut pas être adhérent du Parti socialiste », tout cela pour, au pouvoir, servir le grand patronat et louer la Bourse ! Plus proche dans le temps, rappelez-vous Hollande affirmant « Mon ennemi, c’est la finance », avant qu’il se mette à plat ventre devant les financiers !

La démoralisation et le dégoût vis-à-vis de cette politique ont complètement décrédibilisé l’idée d’une politique de gauche, et ceux qui en ont le plus souffert sont ceux qui ont milité pour cela. C’est cela qui a largement contribué à faire le lit du Front national dans le monde du travail.

L’alternative à Macron qui se prépare aujourd’hui sera du même tonneau. Qui est à la manoeuvre ? Mélenchon, ancien ministre de Jospin. Hamon, ancien ministre de Hollande, ils ont activement contribué à la politique antiouvrière et propatronale de leurs chefs de file respectifs. Quant à ceux qui les accompagnent et qui sont trop jeunes pour avoir été associés à ces trahisons, ils défendent la même politique.

Macron peut d’autant plus facilement prétendre être et de gauche et de droite que toute différence entre la gauche et la droite s’est évaporée au fil du temps. Mais les étiquettes politiques sont une chose, la réalité sociale en est une autre. Et on ne peut pas être à la fois pour les exploiteurs capitalistes et pour les exploités salariés ! Les intérêts de ces deux classes sociales sont diamétralement opposés.

Les organisateurs de la manifestation appellent à une manifestation pour « l’égalité, la justice sociale et la solidarité », expressions abstraites que n’importe quel politicien bourgeois peut reprendre sans en croire un mot. Même en parole, ils n’ont pas l’intention de combattre la mainmise de la classe capitaliste sur la société. Quels que soient leurs discours d’aujourd’hui, lorsqu’ils seront au pouvoir, ils gouverneront à leur tour au service des riches.

Le véritable pouvoir dans notre société, c’est le pouvoir de l’argent et du capital, c’est le pouvoir de ceux qui commandent l’économie. Les présidents de la République, les ministres s’excitent sur le devant de la scène politique, mais ils prennent leurs ordres auprès des milieux patronaux. Et s’il arrive qu’ils veuillent s’en affranchir ne serait-ce qu’un peu, comme ce fut le cas avec Tsipras en Grèce en 2015, ils sont immédiatement rappelés à l’ordre par ceux qui tiennent les cordons de la bourse.

Alors, si nous dénonçons souvent les mêmes choses que Mélenchon, Laurent ou Hamon, nous ne le faisons pas du tout dans la même perspective. Quand ces derniers dénoncent Macron pour préparer le retour au pouvoir de la gauche qui gérera les affaires de la bourgeoisie, nous le dénonçons pour armer politiquement les travailleurs dans la perspective qu’ils agissent eux-mêmes, collectivement.

Nous affirmons que le seul débouché politique qui ouvrirait une perspective pour les travailleurs sera la création d’un parti qui se situe sur le terrain de leurs intérêts matériels et politiques, un parti de classe qui se fixe pour but d’oeuvrer pour que la classe ouvrière prenne le pouvoir politique et qu’elle l’exerce de façon collective et démocratique.

La nécessité d’un parti communiste révolutionnaire

Certains voudraient concilier ces deux perspectives, en considérant que la perspective de la révolution est lointaine et qu’en attendant il faut chercher le moins pire, c’est-à-dire un vrai gouvernement de gauche. C’est la raison pour laquelle ils pensent qu’il pourrait y avoir une unité de Lutte ouvrière jusqu’à la France insoumise et même jusqu’à Hamon, exministre de Hollande, qui en 2014 s’opposait à une précédente grève des cheminots, je le rappelle !

En réalité, ces deux perspectives ne s’opposent pas seulement pour l’avenir mais dans notre politique quotidienne. Les travailleurs sont toujours devant ce choix fondamental : est-ce que l’on cherche une solution dans le cadre de la société capitaliste, ou est-ce qu’on vise à la renverser ?

Les politiciens, y compris ceux aux discours radicaux, prétendent pouvoir changer le sort des travailleurs de l’intérieur du système, de l’intérieur des institutions. Ils prétendent pouvoir le faire dans le cadre capitaliste, sans remettre en cause la propriété privée de la bourgeoisie parce qu’ils considèrent que celle-ci est intangible. C’est précisément ce que nous combattons.

Si la bourgeoisie continue de tenir les rênes du capital et du pouvoir, nous nous enfoncerons dans un capital isme pourrissant, dans un avenir fait de sang et de larmes. Si les exploités partent à la conquête du pouvoir politique, l’humanité s’inventera un nouvel avenir.

Alors, notre raison d’être est d’affirmer la nécessité pour les exploités de renverser le capitalisme et de prendre le pouvoir, y compris dans notre propagande quotidienne. C’est de militer pour que la classe ouvrière accède à la conscience que la tâche de transformer la société dépend d’elle et qu’elle en capable, car elle l’a déjà fait, lors de la Commune de Paris de 1871 et de la révolution russe de 1917.

Les militants communistes révolutionnaires qui nous ont précédés ont passé le plus clair de leur temps à se battre pour que les travailleurs fassent avancer leurs intérêts de classe dans le cadre du capitalisme, mais ils étaient convaincus qu’il était possible et nécessaire de renverser le grand capital et de construire une économie sans patron, sans exploitation, sans classe sociale, et ils le défendaient. Tout en se battant pour améliorer les conditions de travail, ils expliquaient en quoi la lutte de classe serait sans fin, à moins de réussir à renverser le pouvoir économique et politique de la bourgeoisie. Ils imprégnaient les consciences ouvrières de cet idéal.

Nous nous inscrivons dans ce courant révolutionnaire du mouvement ouvrier, convaincus que l’impulsion, l’énergie qui permettra de changer la société viendra de la classe ouvrière. Nous militons dans la classe ouvrière pour que celle-ci prenne conscience de sa force et de ses capacités à transformer en profondeur la société. [...]

« L’émancipation des travailleurs sera l’oeuvre des travailleurs eux-mêmes », dont Marx avait fait la devise du parti ouvrier, n’est pas une phrase en l’air. Mais, pour que la révolte se transforme en révolution, il faut des femmes et des hommes qui soient conscients des tâches à accomplir, il faut un parti communiste révolutionnaire.

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