Renault : diviser pour mieux palper

04 Mai 2022

À l’occasion de l’annonce de ses résultats trimestriels, Renault, par la voix de son directeur général, Luca de Meo, a plus ou moins confirmé son intention de séparer le groupe en deux entités distinctes : l’une de la motorisation électrique, l’autre autour du thermique et de l’hybride.

L’« homme de l’année », selon ses amis de la presse automobile, juge en effet que « la structure actuelle de l’entreprise ne rend pas très visible de l’extérieur la valeur des business qui existent à l’intérieur. Renault a moins de 7 milliards de capitalisation », ajoutant : « Je pense que ce n’est pas la valeur qu’on mérite. »

Le mot est lâché. Pour obtenir la confiance des investisseurs, en clair pour que la cotation des actions Renault monte de manière importante, que celles-ci s’arrachent, que les capitaux affluent et que les gros actionnaires s’enrichissent davantage et plus vite, les stratèges qui dirigent l’entreprise ont préparé sa division.

Les noms des deux entités circulent déjà. « Ampère » serait celui de l’activité électrique, usines de batteries comprises, et « Horse », comme le cheval-vapeur en anglais, pour les autres motorisations, thermique et hybride. Il est même question de la localisation des usines et bureaux d’études : en France pour la première, et peut-être en Espagne et en Roumanie pour les activités traditionnelles. Bien que les dirigeants du groupe prétendent que ce projet est encore à l’étude, ils n’ont en rien démenti les médias qui l’annoncent. Comme toujours lorsqu’ils préparent des mauvais coups, les premiers concernés, les travailleurs, sont les derniers à être avertis. Et là, l’objectif est clairement de se débarrasser d’une activité jugée pas assez rentable... et de milliers de travailleurs.

D’ailleurs, quand De Meo commente les résultats du groupe, même avec un langage de patron, c’est pour menacer. Les attaques vont continuer car, comme il le dit, « les économies réalisées sur nos coûts fixes sont structurelles. Nous devons maintenant veiller à ce que nos coûts ne remontent pas. » Et si, (boni)menteur expérimenté, il assure qu’avec la motorisation électrique et ses activités annexes « 500 000 emplois pourraient être créés, c’est-à-dire bien plus que les emplois détruits dans le thermique », son véritable horizon est la courbe des actions. Il y a un modèle outre-Atlantique, où Ford a déjà annoncé la création d’une entité dédiée à l’électrique, Ford Model-e, séparée du thermique, dénommé Ford Blue. Aussitôt, ses actions ont grimpé de 8,4 % à Wall Street.

Ces raisonnements de capitalistes sont à l’opposé des intérêts des travailleurs, ouvriers, techniciens, ingénieurs, qu’ils soient embauchés, intérimaires ou salariés des sociétés sous-traitantes. Deux exemples récents en témoignent : les ex-salariés de la fonderie SAM, qui se battent toujours pour ne pas perdre leur gagne-pain, et ceux de la succursale Renault de Vaulx-en-Velin, que le groupe voudrait fermer parce que pas assez rentable.

Toutes ces allégations patronales sont par définition à vérifier, et il serait normal que les salariés puissent contrôler les comptes pour en juger par eux-mêmes.

Viviane LAFONT