Santé publique : l’hôpital en urgence vitale

08 Décembre 2021

Alors que la 5e vague de Covid se précise, l’organisation de la santé publique ne s’est en rien améliorée, en particulier dans les hôpitaux, où les promesses du Ségur de juillet 2020 sont restées en l’état. Le système craque de toute part.

Un tweet du Comité inter-urgences signalait que le week-end des 4 et 5 décembre en Île-de-France, il fallait quatre heures pour trouver une place en réanimation. À l’hôpital d’Aulnay-sous-Bois, un infectiologue s’indignait récemment d’avoir repéré 26 patients hospitalisés… dans les couloirs, en raison des lits fermés, du manque d’aides-soignantes et d’infirmières.

Des Smur ferment, des services d’hospitalisation sont clos, les lits vides, faute de personnel. L’alerte constituée par la première vague, endiguée au mieux par la ténacité, la conscience professionnelle et surtout sociale de l’ensemble du personnel des établissements de santé, n’a eu aucun effet sur les choix politiques des gouvernants. « Ségur et patience », ont-ils répondu. Malgré l’annonce de six milliards d’euros pour le système de santé, le Ségur n’a été que saupoudrage sur des salaires insuffisants, et encore pas pour tous. Les protestations, les cris de colère, le désespoir des familles de patients dont les soins ont été différés… rien n’a infléchi ni la recherche de « chiffre » imposée par les directeurs-gestionnaires, ni la politique de suppression de lits dans les hôpitaux publics.

En vingt ans, 80 000 lits ont été fermés, selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), soit 25 % de la capacité d’accueil des établissements publics. La proportion est pire dans les Alpes-de-Haute-Provence, la Creuse, la Sarthe, ou l’Ardèche où elle se monte à 54 %. Le risque de retard de soins et de prise en charge peut être de six mois ou un an, avec des conséquences graves pour certains malades. Sur l’année pourtant épidémique de 2020, et malgré les promesses du ministre, 5 700 lits de plus ont été fermés dans les hôpitaux publics, toujours selon la Drees.

La criminelle recherche de rentabilité à laquelle le pouvoir les soumet depuis des décennies pousse certains parmi le personnel à aller voir ailleurs, là où des salaires corrects rendent leur travail vivable, sans qu’ils angoissent à l’idée de négliger les patients, voire de commettre une erreur. Un effectif suffisant, dans tous les métiers, des salaires décents, des équipes et des horaires stables, leur contrôle sur les décisions, la fin de la course à la rentabilité (la T2A, tarification à l’acte), le personnel hospitalier l’exige et il a raison. C’est de la responsabilité de tous les travailleurs de l’exiger avec lui.

Viviane LAFONT