La Barbade : fin de règne pour Elisabeth II

08 Décembre 2021

Depuis mardi 30 novembre, la Barbade est une république. En effet, cette petite île des Caraïbes était jusqu’alors une monarchie, dont la souveraine était… la Reine d’Angleterre.

On pourrait s’étonner d’un tel anachronisme, mais il est l’héritage du colonialisme dans bien des parties du monde.

La Barbade fut en effet occupée par les colons anglais dès 1627. Elle devient alors une vaste plantation sucrière, fondée sur le travail d’esclaves déportés d’Afrique. L’île est alors entièrement tournée vers les besoins de la métropole et des colons. Ces planteurs ne sont pas des féodaux du Moyen Âge, mais plutôt des capitalistes, pas forcément installés sur place, et produisant pour la Grande-Bretagne, où le sucre devient un produit de choix pour les classes privilégiées. Le modèle de production entrepris à la Barbade est ensuite reproduit en Jamaïque, dans de nombreuses îles des Caraïbes et en Amérique du Nord. Le commerce triangulaire organise la déportation de 12 millions d’Africains au bas mot, et il permet à la bourgeoisie européenne, dans le cadre d’un capitalisme « suant le sang et la boue par tous les pores » (Marx), d’accumuler la richesse qui favorisera la révolution industrielle.

454 000 Africains auraient été déportés à la Barbade, où plusieurs révoltes ont eu lieu, comme en 1816, quand 4 000 esclaves attaquèrent 70 plantations, avant d’être écrasés, un millier d’entre eux étant tués. L’esclavage ne fut aboli qu’en 1834, mais l’île demeura une possession coloniale jusqu’en 1966. Depuis, elle tire l’essentiel de ses revenus du tourisme et des placements financiers.

Alors pourquoi devient-elle une république aujourd’hui ? Au printemps 2020, après le meurtre de George Floyd, le mouvement Black Lives Matter a gagné la petite île. La statue de l’amiral anglais Nelson, en bonne place dans la capitale depuis 1813, a été déboulonnée. La fin de la monarchie, cette survivance symbolique de l’époque coloniale, a alors été annoncée. Pour les travailleurs de la Barbade, cette modification purement institutionnelle, organisée par les classes dirigeantes locales, ne changera certes pas grand-chose. Elle évitera au moins de brandir à tout instant l’histoire sanglante du capitalisme et de sa gestation, ce qui, pour la population locale, était une provocation permanente.

Michel BONDELET