La Poste et Adrexo : les margoulins de la distribution

30 Juin 2021

Pour un peu, La Poste se serait présentée en chevalier blanc volant au secours d’une société défaillante pour distribuer à sa place, avant le second tour des élections, cinq millions de plis sur les trente-sept millions dont Adrexo aurait dû s’occuper.

En réalité, selon les chiffres du ministre de l’Intérieur, que ce soit avec La Poste ou avec Adrexo, 9 % des plis n’avaient pas été distribués à temps pour le premier tour des élections régionales et départementales. Les dirigeants d’Adrexo savaient qu’ils n’avaient pas les effectifs suffisants mais ils avaient l’œil rivé sur la distribution… des centaines de milliers d’euros à la clé du contrat avec le ministère de l’Intérieur.

Quant à La Poste, selon le syndicat SUD, depuis l’élection présidentielle de 2017, elle a supprimé 25 000 emplois dont 13 000 pour la distribution du courrier. Les facteurs ont donc des tournées de plus en plus longues. Ils doivent distribuer, en plus du courrier, des prospectus publicitaires sans adresse depuis que La Poste leur a attribué une partie du travail effectué auparavant par sa filiale Mediapost, de façon à réduire là aussi les effectifs. Cette société emploie 10 500 salariés dont près de 8 000 distributeurs de prospectus publicitaires. Son concurrent et partenaire Adrexo, 17 000 salariés, pour la plupart à temps partiel avec un salaire brut moyen de 600 euros, a été racheté par un repreneur au groupe de presse d’Ouest-France.

Mediapost et Adrexo se regroupent en un syndicat patronal de la distribution directe. En 2004, tous deux avaient signé une convention collective mettant fin au travail à la tâche qui rétribuait les distributeurs à la quantité de prospectus, sans bulletin de salaire. Mais c’était pour introduire le système dit de la pré-quantification du temps de travail. La société décrète, selon ses propres critères, combien de temps il faut pour distribuer un lot de prospectus, un temps bien inférieur à la réalité. Ainsi, bien des salariés travaillent au-delà des heures qui leur sont effectivement payées. Quelques-uns ont pu obtenir des dédommagements. Á Grenoble, treize distributeurs se sont cotisés pour payer un huissier constatant leur temps de travail effectif afin que leur demande soit recevable par la Justice ! Mais les bénéfices de la pré-quantification sont tels que Mediapost comme Adrexo préfèrent comparaître constamment devant les tribunaux, quitte à provisionner un peu d’argent pour les procès qu’ils perdent.

Depuis 2015, le contrôle qu’ils exercent sur les travailleurs a même été perfectionné. Mediapost enregistre la localisation des distributeurs toutes les dix secondes au moyen d’un boîtier mobile qu’ils portent sur eux lors de leur tournée. Si l’un d’eux reste trop longtemps à un même endroit, ou s’il va aux toilettes, le point passe au rouge et il peut être amené à se justifier au retour de tournée. Adrexo préfère des badgeuses portatives qui avertissent le distributeur quand le temps qui lui est imparti pour effectuer sa tournée est écoulé.

S’il n’a pas terminé, il doit prendre contact avec son manager qui lui ordonne soit de rentrer au dépôt, soit de continuer. On imagine tout ce que cela suppose de pressions sur des travailleurs qui sont souvent au RSA, ou avec une trop petite retraite et ont absolument besoin de ce travail, même à temps et à salaire partiels.

Pour le moment, il y a eu de nombreuses réactions, certaines collectives, mais localisées et limitées à une entreprise de distribution. Si l’on additionne les travailleurs de La Poste, de Mediapost et d’Adrexo, ils représentent plus d’une centaine de milliers de travailleurs. Une belle force face à ces patrons de combat !

Jean SANDAY