Soudan : la population toujours étranglée

19 Mai 2021

Emmanuel Macron a annoncé lundi 17 mai l’annulation de la dette du Soudan vis-à-vis de la France, soit cinq milliards de dollars, et d’autres pays devraient lui emboîter le pas vis-à-vis d’un pays qui est aujourd’hui dans une situation catastrophique.

Si l’annulation de l’intégralité de la dette du Soudan, qui est au total de 50 milliards de dollars, lui permettrait d’accéder à des financements internationaux, la population pauvre n’en bénéficierait pas pour autant. Le FMI a d’autres exigences.

En décembre 2018, le triplement du prix du pain avait déclenché des manifestations massives qui avaient été sauvagement réprimées. Ce soulèvement avait abouti six mois plus tard au renversement du dictateur Omar al-Bachir et à son remplacement par un gouvernement dit de transition, mêlant civils et militaires, non sans que ceux-ci aient au préalable réprimé férocement les manifestants. Les militaires gardaient la main sur tout l’appareil répressif du pays, les civils étant chargés de faire accepter à la population des mesures économiques impopulaires et d’amadouer les grandes puissances. Le sommet de Paris est pour ainsi dire la réalisation de la dernière partie de ce programme, après le retrait en décembre 2020 du Soudan de la liste des États considérés comme finançant le terrorisme par les États-Unis. Ce retrait n’avait d’ailleurs été obtenu qu’en échange de la reconnaissance d’Israël par le Soudan.

Mais, pour la population, la situation n’a cessé de s’aggraver. En décembre 2020, l’inflation était estimée à plus de 150 % en rythme annuel. Une grande partie des habitants sont dans l’incapacité d’acheter du pain ou des céréales, et les autres doivent faire des queues sans fin devant les boulangeries. Le FMI joue son rôle dans ce désastre, en exigeant l’arrêt des subventions aux produits de base. L’essence notamment a vu son prix exploser, ce qui a contribué à renchérir tous les produits quotidiens. Les services publics sont à l’abandon. Certains quartiers de la capitale, Khartoum, subissent douze heures de coupures de courant par jour. La corruption et le marché noir prospèrent au bénéfice des chefs militaires, qui ont conservé le contrôle de pans entiers de l’économie. En février dernier, d’importantes manifestations ont eu lieu aux cris de « Non aux prix élevés ! Non à la faim ! ». Elles ont été dispersées à l’aide de lacrymogènes par la police et l’armée.

Les dirigeants politiques qui partagent aujourd’hui le pouvoir avec les militaires ne voient de salut que dans la soumission aux exigences des institutions financières internationales. Ils sont bien incapables d’améliorer la situation de la population et servent juste de paravent aux chefs militaires. Les travailleurs et les classes populaires du Soudan n’ont rien à en attendre.

Daniel MESCLA