Sanofi : dérisoires cocoricos

19 Mai 2021

« Enfin une bonne nouvelle », « L’espoir est relancé » : depuis que Sanofi a annoncé des résultats positifs pour son futur vaccin contre le Covid, des cocoricos emplissent l’atmosphère.

Le patron de Sanofi-France a donné le ton : « J’espère qu’aujourd’hui ils (les Français) sont un peu moins tristes et qu’ils voient qu’on n’est pas totalement en retard, on est juste derrière, dans le deuxième wagon. » Et d’ajouter, avec de l’émotion dans la voix : « On aura un vaccin français. »

Français ? C’est le gouvernement américain qui, en juillet 2020, a offert un financement de 2,1 milliards de dollars à Sanofi et à son associé, le laboratoire britannique GSK, pour développer et produire ce vaccin. Depuis, après les ratés que l’on sait, c’est au Honduras et aux États-Unis que l’espoir de vaccin a été testé sur plus de 700 personnes, pour s’assurer de son efficacité. Maintenant qu’il aurait montré cette efficacité et ouvert cet espoir, c’est aux États-Unis, en Europe, en Amérique du Sud et en Asie que près de 40 000 personnes vont être recrutées pour les essais cliniques de phase 3. Voilà qui démontre, si c’était encore nécessaire, l’absurdité de la notion de « vaccin français », sans compter les nombreux pays d’où viennent les produits, les outils, les femmes, les hommes… qui permettent le vaccin.

Il n’est pas moins absurde de voir Sanofi et GSK faire travailler leurs équipes de recherche et de production dans le cadre étroit du secret commercial. Au lieu de partir des connaissances acquises, des succès et des échecs de tous les autres laboratoires qui ont travaillé pour trouver un vaccin, chaque laboratoire creuse son sillon, chacun organise dans le secret le travail de ses équipes. L’objectif est la publication, et que s’envolent les dépôts de brevets, car c’est alors que naît la réussite… des affaires et que s’envolent les profits liés au marché.

Même en arrivant sur le marché avec près d’un an de retard, Sanofi espère bien en avoir sa part. Dans la concurrence commerciale que se livrent les groupes pharmaceutiques, déjà on entend parler de négociation et de guerre des prix. L’espoir naît aussi des variants et de l’aubaine que représente la perspective d’une vaccination qui serait nécessaire chaque année, comme pour cette autre maladie virale qu’est la grippe.

Infection virale mondiale, la pandémie de Covid-19 laisse entrevoir un marché colossal. Les laboratoires pourraient amasser des profits fabuleux issus du pillage du travail des chercheurs, des techniciens, des ouvriers, de tous les salariés qui font que les vaccins existent. Le coq Sanofi y voit de quoi se dresser sur ses ergots.

Sophie GARGAN