Israël : de la colonisation à l’apartheid

19 Mai 2021

Un pays de colons : ainsi fut parfois qualifié Israël par des commentateurs imprécis peut-être, mais marqués par la permanence de la politique des gouvernements du pays, depuis la guerre des Six-Jours de 1967, quelle que soit leur couleur politique.

Si l’implantation de colonies juives en Cisjordanie occupée et l’installation de familles juives dans la partie Est de Jérusalem, en en chassant manu militari des familles palestiniennes, s’est accélérée après l’arrivée au pouvoir de Netanyahou, la colonisation des terres palestiniennes résulte d’une constante politique des gouvernements d’Israël.

Depuis 1967, la conquête du Sinaï, de Gaza, du plateau du Golan et de Jérusalem-Est a eu pour corollaire l’occupation de ces territoires par des colonies de peuplement. La pression des courants nationalistes et religieux jouait un rôle important en ce sens. Les gouvernements du Parti travailliste et de ses alliés, menés par Golda Meir, Yitzhak Rabin puis Shimon Peres, ont encouragé ces implantations, qui de cinq au départ sont à présent plusieurs centaines, officielles ou officieuses, dont plusieurs véritables villes. En Cisjordanie, elles morcellent complètement le territoire, rendant désormais géographiquement impossible un État palestinien indépendant.

Les colonies, avec leurs routes interdites aux Palestiniens, leurs usines et universités, sont de véritables blocs au sein des territoires palestiniens. Des avant-postes sont installés par des colons militants d’extrême droite. Armés, ils forment des milices prêtes à réprimer les habitants des villes alentour, avec le soutien de l’armée officielle.

Cette politique coloniale s’est accélérée depuis l’arrivée au pouvoir en 1977 du parti de droite Likoud, qui a largement favorisé les colons et l’extrême droite. Netanyahou, au gouvernement depuis 2009, a d’autant plus joué la carte de la colonisation qu’il a eu besoin, pour former une majorité, des partis d’extrême droite ultra-nationalistes, racistes et religieux, appuyant tous à une exception près l’implantation de colons juifs armés sur des terres palestiniennes. Chasser les propriétaires de ces terres devient, en Cisjordanie, un moyen de fournir de nouvelles possibilités d’implantation à des colons ou groupes de colons.

En difficulté depuis plusieurs mois pour former un gouvernement, Netanyahou a encore accentué cette politique, ne serait-ce que pour tenter de détourner l’attention des diverses affaires judicaires dans lesquelles il est impliqué. Sa politique criminelle est grandement responsable de la situation insupportable que vivent des millions d’habitants, Juifs et Arabes, qui font ressembler de plus en plus Israël à une terre d’apartheid.

Viviane LAFONT