Grand Paris : spéculation aux dépens des locataires

19 Mai 2021

Les travailleurs d’Île-de-France sont déjà largement victimes de la pénurie de logements bon marché, voire de logements tout court. La demande augmente : 740 000 ménages sont en attente d’un logement social, 30 000 de plus que l’an dernier. Mais la construction de logements sociaux s’effondre.

Seuls 20 000 agréments pour la production de HLM ont été délivrés en 2020 en Ile-de-France. C’est 40 % de moins qu’en 2016 et 25 % de moins qu’en 2019. Il faut déjà attendre en moyenne trois ans pour accéder à un logement social. Ce délai va exploser dans les années à venir, tout comme le nombre de mal-logés ou de sans-logis.

L’arrivée du Grand Paris Express dans les prochaines années, avec les quatre lignes de métro automatiques supplémentaires autour de Paris et la prolongation de deux lignes, était censée s’accompagner de la construction de logements sociaux. Elle suscite au contraire l’appétit de spéculateurs immobiliers et de fonds d’investissement, dont les locataires des HLM situés à proximité des futures stations font déjà les frais.

Ainsi la gare du Vert de Maisons, à Maisons-Alfort, est située sur la future ligne 15 du métro et la ligne D du RER. Dans le quartier populaire de Liberté, 227 familles ont reçu une lettre de leur bailleur, In’Li, les informant qu’à compter de 2022 leur logement ne serait plus conventionné. La convention entre un bailleur et l’État prévoit le plafonnement des loyers des logements sociaux. Le déconventionnement signifie au contraire qu’à l’expiration du bail le bailleur peut fixer le loyer en fonction du voisinage, ou donner congé au locataire pour vendre l’appartement. En 2018 à Gennevilliers, par exemple, les locataires de la rue Calmel, à deux pas de la future gare du Grand Paris Express, ont découvert qu’à la suite du déconventionnement les loyers augmentaient parfois de 200 euros par mois. In’Li traînait au tribunal ceux qui refusaient leur nouveau bail.

In’Li est une filiale d’Action Logement spécialisée dans le logement intermédiaire et dirigée par Benoist Apparu, ancien ministre du Logement de Sarkozy. Il explique cyniquement que les logements situés à moins de 10 minutes à pied d’une gare ou d’un métro du Grand Paris Express font partie du cœur de cible d’In’Li, en raison du différentiel entre les loyers existants et ceux qu’est prête à payer une classe moyenne elle-même chassée de Paris par le prix du mètre carré. Sa stratégie est donc de financer la construction de logements à forts revenus locatifs en revendant à la découpe des logements sociaux ou en augmentant les loyers. Attirés par les profits spéculatifs, des fonds d’investissement comme Axa Real Assets, Primonial Reim, Pro BTP viennent de s’associer à In’LI.

Seule la mobilisation des locataires peut empêcher que leur appartement soit transformé en « actif financier » et qu’ils soient demain chassés de leur appartement et de leur quartier par les hausses de loyer. À Maisons-Alfort, ils se mobilisent et appellent à une manifestation contre le déconventionnement et contre les hausses de loyer, samedi 22 mai.

Christian BERNAC