Antisionisme et antisémitisme : un amalgame scandaleux

19 Mai 2021

« Je ne veux pas qu’on crie Mort aux juifs”, comme c’était le cas dans les rues de Paris en 2014 » : c’est ainsi que le ministre de l’Intérieur, Darmanin, a justifié l’interdiction de la manifestation de soutien au peuple palestinien de samedi 15 mai à Paris. Il assimilait ainsi volontairement à de l’antisémitisme toute opposition à la politique de l’État d’Israël.

Cet argument a été largement relayé par les médias et nombre de personnalités politiques. Ainsi l’ancien Premier ministre socialiste Valls affirmait le 14 mai sur LCI : « Une partie de la gauche et de l’extrême gauche se sert du conflit pour justifier l’antisémitisme. »

Cela n’est pas nouveau. En juillet 2017, recevant le Premier ministre israélien Netanyahou à l’Élysée à l’occasion de l’anniversaire de la rafle du Vél’d’Hiv, Macron avait affirmé : « Nous ne céderons rien à l’antisionisme, car il est la forme réinventée de l’antisémitisme. » Depuis, il y a eu des tentatives de modifier la définition de l’antisémitisme pour y inclure l’antisionisme.

Les Macron ou Darmanin connaissent parfaitement le sens des mots. Le sionisme est un mouvement nationaliste juif, fondé à la fin du 19e siècle en Europe par Theodor Herzl, réclamant la création d’un foyer national juif, un mouvement très longtemps rejeté par l’immense majorité des Juifs eux-mêmes. L’antisémitisme en revanche est la haine des juifs en tant que tels.

L’antisémitisme est un danger mortel pour la classe ouvrière. Il faut le combattre, comme toutes les formes de racisme qui peuvent la diviser et servir à la détourner des vrais responsables de l’exploitation et de la crise. Mais dénoncer la politique des dirigeants israéliens qui entraînent leur peuple dans des guerres sans fin et qui oppriment les Palestiniens n’est en rien de l’antisémitisme. Cela peut être le fait de juifs, israéliens ou non, comme de tout autre être humain. Mais tous ceux qui font l’amalgame savent ce qu’ils font. En Israël, Netanyahou s’en sert pour obliger tous les Israéliens à se ranger derrière sa politique. En France, les politiciens s’en servent pour faire taire toute opposition à la politique des dirigeants israéliens, dont ils sont les alliés indéfectibles au Moyen-Orient, et ainsi criminaliser toutes les critiques vis-à-vis de leur politique coloniale. Cet amalgame odieux est inacceptable.

Aline RETESSE