IVG : un droit toujours à conquérir

07 Avril 2021

Dans une tribune publiée par Le Journal du Dimanche du 4 avril, 343 femmes, connues ou non, appellent à étendre le délai légal pour recourir à une interruption volontaire de grossesse, et revendiquent pour les femmes la libre disposition de leur corps. Cela fait écho, cinquante ans après, au premier manifeste de 343 femmes qui défièrent le pouvoir et la morale bien-pensante en affirmant « Je déclare avoir avorté.»

Le 4 avril 1971 en effet, 343 femmes, parmi lesquelles Simone de Beauvoir et Gisèle Halimi, s’accusaient du délit d’avortement alors passible d’une amende et même de peines de prison. Il s’agissait de dénoncer l’hypocrisie d’un État qui fermait les yeux sur des centaines de milliers d’avortements clandestins et souvent dramatiques. Elles réclamaient que les femmes puissent interrompre une grossesse dans des conditions correctes et accéder aux moyens contraceptifs. Les réactions de la droite, en particulier catholique, furent outrancières : l’association Laissez-les vivre, créée en 1971, cria au génocide, et dénonça « ces campagnes pour la liberté sexuelle et l’érotisme qui ruinent le moral de la nation ».

Il fallut ensuite bien des manifestations, des démarches militantes pour faire signer à toutes celles, et tous ceux qui le souhaitaient par solidarité, le Manifeste des 343 ; il fallut le procès de Bobigny où Gisèle Halimi réussit à faire acquitter une jeune fille accusée d’avoir avorté, pour en arriver finalement à la loi Veil en janvier 1975.

Cinquante ans après, tout n’est pas réglé, loin de là. En septembre dernier, le délai pour pratiquer une IVG devait passer de douze à quatorze semaines. Acceptée en commission, cette proposition a finalement été retirée du débat à l’Assemblée le 16 février par ceux-là mêmes qui l’avaient proposée, les députés socialistes. Les 500 amendements, dont 423 déposés par la droite qui ne désarme pas, auraient pris 18 à 20 heures de débats, indispensables selon la présidente du groupe socialiste à l’examen d’autres projets de lois plus urgents !

Les femmes –3 000 à 5 000 chaque année – qui dépassent les délais continueront à aller à l’étranger, quand elles en ont les moyens. La politique d’économies a été catastrophique pour le système de santé, entre autres pour les centres d’IVG dont presque 8 % ont disparu en dix ans. Bien des hôpitaux ne pratiquent pas cette opération, insuffisamment rentable. Bien des chirurgiens prennent prétexte d’une clause de conscience pour ne pas pratiquer d’IVG. Pourtant, chaque année, plus de 200 000 femmes doivent y recourir. Elles ont d’autant plus de difficultés qu’elles sont isolées, éloignées des quelques centres de santé existants et mal informées.

Cinquante ans après, le droit à l’avortement et à la contraception, le droit à l’éducation à la sexualité sont encore à conquérir.

Sylvie MARÉCHAL