Israël : élections et impasse réactionnaire

07 Avril 2021

Quinze jours après de nouvelles élections législatives, Benyamin Netanyahou, Premier ministre sortant, vient d’être chargé par le président de l’État israélien de tenter de former un gouvernement. Au même moment, son procès pour corruption, fraude et abus de confiance reprenait à Jérusalem.

En provoquant les élections législatives du 23 mars, Netanyahou espérait profiter du succès de la campagne de vaccination pour renforcer sa majorité très fragile au Parlement. Son pari est largement raté, puisque son parti, le Likoud, n’a obtenu que 30 sièges de députés, alors qu’il en faut 61 pour former un gouvernement. Depuis deux semaines, et comme il l’a fait au cours des quinze années qu’il a passées au pouvoir, Netanyahou marchande donc en coulisse avec les députés de divers partis, surtout les plus réactionnaires, pour tenter de former une majorité.

Signe de la faiblesse politique de Netanyahou et de ses alliés, mais aussi de l’absence de perspectives ouvertes par l’opposition, ces élections législatives étaient les quatrièmes en deux ans. Sur fond d’abstention grandissante et de dégoût de la fraction progressiste du pays face aux combinaisons politiciennes, les partis ultra-orthodoxes religieux et ceux de l’extrême droite sioniste ont encore progressé au Parlement, propageant racisme et machisme. Parmi les partis négociant avec Netanyahou, mais aussi avec ses rivaux au poste de Premier ministre, on trouve le parti islamiste Raam de Mansour Abbas, qui a remporté quatre sièges. Ce parti est l’un des quatre dont les électeurs se recrutent parmi les Arabes israéliens, citoyens de seconde zone en Israël puisqu’ils ont le droit de vote tout en étant privés de certains droits réservés aux Juifs. D’un côté, Netanyahou pourfend à longueur d’année le Hamas, parti palestinien au pouvoir à Gaza, qu’il accuse de terrorisme islamiste. De l’autre, pour rester au pouvoir, il est prêt à marchander avec un parti islamiste. D’un côté, il accumule les gestes en faveur des colons juifs qui occupent les terres des Palestiniens. Chaque annexion, chaque mur ou check-point supplémentaires transforment la vie quotidienne de ces derniers en enfer. De l’autre, il a multiplié les meetings dans les villes arabes d’Israël, car les Arabes israéliens représentent en théorie 20 % des électeurs. Il a ainsi réussi à faire éclater l’alliance des quatre partis arabes. Netanyahou a tout utilisé, le cynisme, la démagogie et l’absence de principes, pour rester au pouvoir.

Mais l’ambiance politique délétère régnant en Israël ne résulte ni du machiavélisme d’un Netanyahou ni du morcellement du système politique, avec un Parlement divisé en treize partis. Elle résulte d’abord du pourrissement de la société israélienne, plongée dans l’impasse d’une politique colonialiste et raciste qui fait d’Israël un pays en guerre permanente, une guerre dont le coût financier, économique et humain ne cesse de grossir. Les Palestiniens des Territoires occupés en subissent depuis longtemps les conséquences les plus dramatiques. Mais toute la société israélienne, les Arabes israéliens, les Juifs, la jeunesse de ce pays en paient aussi le prix, dont le renforcement du climat réactionnaire n’est qu’un aspect.

Xavier LACHAU