États-Unis : 51 ans d’incarcération

07 Avril 2021

Romaine « Chip » Fitzgerald était le militant des Black Panthers incarcéré depuis le plus longtemps dans les prisons américaines. Âgé de 72 ans, il y a passé 51 années. Il vient d’y mourir, l’État américain n’ayant jamais voulu le libérer.

Comme bien d’autres, Fitzgerald avait été marqué par l’attentat raciste qui avait causé la mort de quatre fillettes dans une église baptiste à Birmingham en 1963. À la fin des années 1960 et dans les années 1970, le parti des Black Panthers se développait dans de nombreuses villes. Chip, attiré par ce parti qui luttait pour la libération des Noirs américains, rejoignit un de ses groupes dans le sud de la Californie au début de l’année 1969.

Mais l’État américain entendait stopper par tous les moyens la radicalisation des Noirs américains. La police avait la gâchette facile contre les militants des Black Panthers, souvent attaqués y compris dans leurs locaux. Début septembre 1969, Romaine Fitzgerald se retrouva dans une fusillade provoquée par des policiers contre une voiture de militants noirs. Lui-même et un policier furent blessés. Trois militants parvinrent à s’échapper. Quand Chip fut arrêté, on lui attribua la mort d’un agent de sécurité, dont il ne pouvait être responsable.

En fait, il était poursuivi à charge pour son engagement politique et cela se solda par une condamnation à mort pour meurtre. En 1972, la peine de mort ayant été abolie en Californie, sa sentence fut commuée en prison à vie avec, en théorie, la possibilité de demander sa libération ; une possibilité qui lui fut constamment déniée. Commença alors pour lui un interminable périple de prison en prison dans toute la Californie.

Selon la loi, une personne âgée de plus de 65 ans, qui a passé 25 ans et plus en prison, est prioritaire pour être libérée. Pendant ces six dernières années, ce droit a également été refusé à Chip, jusqu’à ce qu’il meure d’une attaque cardio-vasculaire le 29 mars.

Sundiana Acoli, membre lui de l’Armée de libération noire, active dans les années 1970, est en prison depuis 48 ans. Incarcéré à 36 ans, il était accusé du meurtre d’un soldat, qu’il ne pouvait avoir commis. Ce prisonnier âgé est libérable depuis 28 ans, il a aujourd’hui 84 ans et à l’automne dernier encore sa libération a été refusée.

Clairement, il s’agit de montrer que l’État aux USA ne pardonne jamais à qui a osé se dresser contre lui.

Jacques FONTENOY