Carrefour : la colère s’exprime

07 Avril 2021

Plusieurs milliers de travailleurs de Carrefour ont fait grève samedi 3 avril dans tout le pays. Ils ont manifesté devant les magasins et distribué des tracts aux clients. Ils revendiquent des hausses de salaire, des embauches et dénoncent la dégradation continue de leurs conditions de travail.

Cette grève a été l’occasion de vérifier que nombre de travailleurs, venus faire leurs courses, non seulement soutiennent les salariés de Carrefour dans leurs revendications, mais les partagent. Bien que les magasins Carrefour aient augmenté leurs ventes de 7,8 % cette année, la direction n’accorde qu’une augmentation de 0,9 % sur des salaires déjà très bas. Et, au lieu de la prime de 1 000 euros évoquée par le gouvernement pour ceux qui ont continué à travailler dans des conditions dangereuses pour leur santé, elle se contente de proposer 155 euros.

Il y a à peine deux mois, le PDG de Carrefour se vantait pourtant qu’avec un chiffre d’affaires de 71 milliards d’euros en 2020 et des profits en hausse de 16 %, l’enseigne réalisait sa plus haute performance depuis vingt ans. Il soulignait alors le dynamisme et la profitabilité du groupe. Et, pour bien montrer que l’enseigne est au meilleur de sa forme et ne manque pas de capitaux disponibles, il annonçait dans la foulée le rachat de 172 supermarchés Supeco en Espagne puis, un mois plus tard, fin mars, de 387 magasins Grupo BIG au Brésil. Ces rachats successifs font suite à celui, en novembre dernier, de 120 supermarchés Bio c’Bon en France.

Les profits en hausse de Carrefour ne s’expliquent pas seulement par la hausse du chiffre d’affaires, mais également par les suppressions massives d’emplois. Ainsi, sur 115 000 salariés à l’effectif en France en 2017, ils n’étaient plus qu’un peu plus de 100 000 fin 2020. Cela s’est fait à coups de fermetures de magasins par centaines, comme les ex-Dia, de plans de suppressions de postes successifs, 2 400 en 2018 dans les bureaux au siège, plus de 3 000 dans les hypermarchés en 2019. Les grévistes dénoncent aussi le projet de location ­gérance d’une quarantaine de supermarchés en France, qui externaliserait 3 000 travailleurs et leur ferait perdre l’équivalent d’un à deux mois de salaire par an. Sans compter les pressions incessantes pour licencier individuellement tous ceux que broie la machine à profits patronale.

Face à la rapacité d’actionnaires aux coffres bien remplis, les travailleurs de Carrefour ont bien des raisons d’exprimer leur colère et de revendiquer une hausse générale des salaires de 300 euros ainsi que l’embauche de salariés en CDI, au lieu des contrats précaires, des contrats pro, de stagiaires ou d’apprentis subventionnés par l’État et très peu rémunérés.

Philippe Logier