Le profit et la concurrence compromettent la lutte contre la pandémie

17 Février 2021

Les semaines passent, et la perspective de voir vacciner l’ensemble de la population, ou ne serait-ce que les personnes les plus à risque, s’éloigne. En un mois et demi, près de trois millions de personnes ont reçu au moins une dose de vaccin. À ce rythme, il faudrait deux ans pour vacciner la moitié de la population du pays !

Mais ce qui se passe dans le reste du monde est tout aussi inquiétant. Les trois quarts des doses vaccinales disponibles sont déployées dans seulement dix États, les plus riches de la planète. Les pays les plus pauvres ne sont pas seulement en retard sur les autres, ils sont dans la plupart des cas dans l’impossibilité d’accéder aux vaccins, du fait de leur prix prohibitif. En Afrique, l’écrasante majorité des pays n’ont pas commencé à vacciner.

Comme toujours dans cette société, les plus riches sont les premiers servis. C’est vrai dans un pays riche comme la France, où les plus aisés réussissent plus facilement à trouver un créneau de vaccination. Mais ça l’est surtout entre les pays riches et les pays pauvres. C’est révoltant et inacceptable.

Il ne s’agit pas seulement d’éthique et de solidarité internationale. C’est une question d’efficacité, car nous ne sortirons de cette pandémie qu’à l’échelle de l’humanité. Le combat contre le virus ne peut être gagné tant qu’il subsiste ne serait-ce qu’un seul foyer épidémique incontrôlé quelque part dans le monde. On en a l’illustration avec ce qui se passe au Brésil ou en Afrique du Sud, où plusieurs variants ont fait leur apparition et menacent la campagne mondiale de vaccination.

Mettre sous cloche un pays, l’isoler du reste de la planète est illusoire, dans notre monde de circulations et d’échanges permanents. Abandonner les pays pauvres à leur sort est abject et stupide. Et on peut en dire autant du nationalisme vaccinal.

La guerre commerciale entre capitalistes et les rivalités internationales poussent à mépriser et ignorer les vaccins découverts en Chine, en Russie ou à Cuba. Elles poussent chaque pays à vouloir son propre vaccin, pour favoriser son champion national. Et aujourd’hui elles les poussent à se concurrencer pour passer commande et être servis en premier. C’est d’une bêtise sans nom. Ce nationalisme vaccinal freine la lutte contre la pandémie. Il ne peut que se retourner contre tout le monde !

« Sans une action internationale rapide, efficace et solidaire, nous prenons le risque que le virus nous échappe », a récemment affirmé Macron. Même un libéral comme lui est forcé de le reconnaître : pour lutter contre la pandémie, la coopération serait supérieure à la concurrence et à la guéguerre entre nations. La planification serait supérieure aux lois du marché.

Oui, pour combattre efficacement le virus, il faudrait mettre en commun les connaissances, y compris celles des scientifiques chinois, russes ou cubains. Il faudrait supprimer le secret commercial et la sacro-sainte propriété intellectuelle des laboratoires. Il faudrait les forcer à partager leurs découvertes, pour que les vaccins soient fabriqués dans toutes les entreprises qui en sont capables. Il faudrait que la production des vaccins soit collective et ne serve pas à faire du profit. En un mot, il faudrait rejeter la concurrence et la propriété privée.

C’est une nécessité objective, que Macron avait exprimée en disant que le vaccin devait être un « bien commun ». Mais ni lui ni aucun des politiciens qui aspirent au pouvoir n’est capable de la réaliser. Une telle mobilisation exigerait des réquisitions et des expropriations. Elle serait une déclaration de guerre aux capitalistes. Il ne faut pas l’attendre de ces politiciens dévoués corps et âme à la bourgeoisie et à son système.
Les dirigeants de la planète ne parviennent même pas à obtenir des trusts pharmaceutiques qu’ils renoncent à une partie de leurs profits, pour rendre les vaccins accessibles aux pays pauvres. Ils se refusent à tout bras de fer contre les labos, quand bien même il serait salutaire pour toute la société, et pour les capitalistes eux-mêmes. Cette crise montre la nature réelle des dirigeants politiques, qui prétendent gouverner : des serviteurs prêts à tout accepter ! Des paillassons !

Vacciner des milliards de personnes sur des années est une manne pour les actionnaires des Big Pharma. Ils peuvent négocier et renoncer à une partie de leurs profits, mais ils ne toléreront jamais que l’on touche au secret industriel et commercial, à leur propriété privée et à leur pouvoir. Pour défendre leurs intérêts de parasites richissimes, les capitalistes sabotent la lutte contre la pandémie et compromettent l’avenir de la société. Ils donnent raison à tous ceux qui les combattent et visent au renversement de la domination capitaliste.

Bulletins d’entreprise du  15 février 2021