La question de la dette : aux capitalistes de payer !

17 Février 2021

Dans une tribune publiée le 5 février, cent économistes ont demandé que la Banque centrale européenne (BCE) abandonne les 2 500 milliards d’euros de créances qu’elle détient sur les États membres.

En échange, ces derniers s’engageraient à investir les montants correspondants dans des placements vertueux, écologiques et sociaux. Ces économistes avancent que la dette des États auprès de la BCE n’en est pas vraiment une, puisque celle-ci a fabriqué cet argent à partir de rien.

Christine Lagarde, présidente de la BCE après avoir été celle du Fonds monétaire international et ministre de l’Économie sous Sarkozy, a immédiatement déclaré qu’il n’en était pas question, « une dette ça se rembourse », a-t-elle insisté. L’économiste Esther Duflo, prix Nobel pour ses travaux sur le développement des pays pauvres, est allée dans son sens, affirmant que ne pas payer ses dettes empêcherait d’en faire de nouvelles.

Les différentes options, aménager ou non la dette publique, sont et ont été, dans l’histoire du capitalisme, utilisées successivement non seulement par les États mais parfois par les mêmes hommes politiques. Il suffit de se souvenir que l’ensemble des politiciens qui prêchaient pour une réduction de la dette ont ouvert les vannes en grand pour sauver le système financier lors de la crise de 2008. Et de recommencer avec la crise actuelle, créant des milliers de milliards de dette, pour se demander benoîtement au bout de quelques mois comment la payer.

Pourtant, la première question à poser est celle de la nature de la dette. Une dette faite pour financer un investissement productif ou une infrastructure utile n’est pas équivalente à une dette créée pour faciliter une opération financière. Le financement d’une usine, d’une bibliothèque, d’une route ou d’un pont est une avance de trésorerie, dont le remboursement est garanti par l’investissement matériel lui-même, les richesses nouvelles qu’il génère, les services qu’il rend à la société. Le fait que les banques privées puissent tirer aussi profit de l’opération n’est pas une obligation, mais une conséquence de leur rôle d’intermédiaire tenant à être rémunéré.

Le problème est que la plus grande partie de la dette publique, les milliers de milliards d’euros mis sur la table par les États depuis le début de la pandémie, a servi à garantir les profits des groupes capitalistes les plus importants. Aujourd’hui, ces groupes sont florissants et reversent des dividendes copieux à leurs actionnaires. Alors que l’économie a ralenti, une poignée de milliardaires se sont enrichis d’une façon scandaleuse tandis que le reste de la société s’appauvrissait. Tout le reste de la société y a perdu, à des degrés divers, des difficultés du salarié contraint au chômage partiel à la ruine du café-restaurant et aux cohortes d’ouvriers licenciés. Il n’est pas besoin de chercher loin pour voir ce qu’est devenu concrètement « l’argent créé à partir de rien » : il est dans la fortune de ces milliardaires, une fortune qui ne sert à rien à la société, qui ne correspond à aucune nouvelle richesse dont tous pourraient profiter. Au contraire, la masse de capital financier accumulé est une hypothèque sur toutes les richesses réelles de la société. Alors, s’il faut que quelqu’un rembourse la dette, ce sont les possesseurs de cette masse de capitaux.

Les travailleurs n’ont pas à discuter de l’aménagement de cette dette, de ses délais de paiement ou de ses modalités, de son annulation ou de son remboursement, car cette dette n’est pas la leur. Elle a été faite par et pour le grand capital, c’est donc à lui de l’assumer.

Paul GALOIS