Darmanin-Le Pen : copie conforme

17 Février 2021

Jeudi 11 février sur France 2, la présidente du RN, Marine Le Pen, et le ministre de l’Intérieur, Darmanin, ont débattu pendant plus d’une heure de leurs obsessions communes et du fonds de commerce qu’ils se disputent, la campagne contre l’islam, l’islamisme et l’immigration.

« Débattu », le terme est sans doute exagéré, tant les échanges ont été cordiaux et tant ces deux politiciens étaient sur la même longueur d’onde. Pour eux, l’immigration, c’est-à-dire le fait que la misère pousse des millions de familles sur les routes de l’exil, doit être combattue par les barbelés. Ils dénoncent dans le terrorisme islamiste l’ennemi de la civilisation, sans jamais dire que c’est leur civilisation, leurs guerres coloniales, qui ont engendré ce monstre.

Dans ce concours pour se faire les interprètes des idées xénophobes et racistes, il était difficile de distinguer qui était la copie, qui était l’original. Pour les deux concernés, l’émission visait évidemment à préparer l’élection présidentielle de 2022. Le Pen estime que, pour la gagner, elle doit continuer à exploiter le fonds de commerce traditionnel de l’extrême droite, tout en ne se montrant pas trop agressive sur la forme afin de se donner un statut de présidentiable présentable. Quant à Darmanin, il agit en service commandé pour Macron qui pense que, pour conserver son poste, il doit aller sur les platebandes de la droite et de l’extrême droite. Pour ce faire, il a reproché à plusieurs reprises à Le Pen sa modération dans la lutte contre l’islamisme, allant jusqu’à dire : « Je trouve que vous êtes beaucoup plus molle que nous pouvons l’être », et lui reprochant de dire que « l’islam n’est même pas un problème ».

Tout se passe comme si Macron et Le Pen avaient déjà décidé d’un commun accord que le second tour de 2022 aura lieu entre eux deux, et que le débat portera sur la sécurité et l’immigration. L’un comme l’autre veulent mettre la lutte contre l’immigration et l’islam sur le devant de la scène pour tenter de détourner le mécontentement et l’inquiétude qui existent dans les classes populaires face à l’explosion du chômage et à la baisse du pouvoir d’achat. Ils veulent tout faire pour éviter que la colère se tourne contre les vrais responsables de la crise capitaliste. C’est leur façon commune de se montrer responsables vis-à-vis des vrais maîtres de cette société.

Arnaud LOUVET