Arabie saoudite : libérée, pas vraiment libre

17 Février 2021

Arrêtée en mai 2018, la militante féministe saoudienne Loujain al-Hathloul vient d’être libérée de la prison où elle a dû subir flagellation, tortures à l’électricité et harcèlement sexuel. Elle est encore sous la menace d’une peine avec sursis, et est interdite de sortie du pays pendant cinq ans.

Elle était de ces femmes qui avaient, entre autres signes d’insoumission, bravé l’interdiction faite à ses semblables de conduire une voiture, et s’était mise en scène au volant sur les réseaux sociaux. Militante des droits des femmes, maintenues dans un statut d’infériorité par la société saoudienne, et plus encore par le pouvoir du despotique prince héritier Mohamed ben Salmane (dit MBS), Loujain al-Hathloul avait été condamnée au terme d’un procès fin décembre 2020. Elle a été jugée coupable « d’actes prohibés par la loi antiterroriste », sans qu’on comprenne en quoi le fait qu’une femme conduise une voiture avant d’y avoir été autorisée a quelque chose à voir avec du terrorisme. Sa peine (5 ans et 8 mois) semble avoir été calculée, avec le sursis, pour qu’elle sorte de geôle au moment de la prise de fonctions de Joe Biden. Contrairement à son prédécesseur, Biden s’était en effet déclaré gêné par la politique saoudienne en matière de droits de l’homme, et en particulier par l’assassinat du journaliste opposant Khashoggi par les services secrets saoudiens en Turquie.

Même si elle est enfin sortie de prison, la militante vient de voir rejetée sa plainte pour torture. Et d’autres femmes, emprisonnées au même motif qu’elle, le restent, telles que Nassima al-Sada et Samar Badaoui, la sœur du blogueur libre-penseur Raif Badaoui, arrêté en 2012 pour « insulte à l’islam », et comme le sont des dizaines d’autres opposants à la dictature. Trois jeunes chiites, condamnés à mort après leur arrestation lors de manifestations anti-régime, viennent heureusement de voir cette peine annulée. Mais, alors que 184 condamnés avaient été exécutés en 2019, 27 l’ont encore été en 2020.

La famille régnante, dont le prince héritier MBS se prétend réformateur à la condition expresse qu’il décide seul du moment et des limites, se sent sans doute tenue désormais d’atténuer aux yeux du monde son image sanguinaire et rétrograde. Mais ni les légers froncements de sourcil de Biden ni les récentes accolades de Le Drian à MBS ne dissuaderont la dictature saoudienne d’opprimer la population, les femmes en particulier. Les marchands d’armes ne font pas de leçons de morale à un bon client.

Viviane LAFONT